Club de Gestion Financière

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Jean-Paul BAILLY, Ancien PDG de la RATP et Président d’Honneur de la Poste

« Réformer, c’est possible »

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Ce Jeudi 23 février 2017, Associés en Finance recevait Jean-Paul Bailly, ancien président de la RATP et de la Poste, qui est revenu sur les méthodes qu’il a employées pour réformer ces deux grandes entreprises publiques.

De par son expérience, Jean-Paul Bailly a pu témoigner du fait que la France est un pays réformable, à condition que ces réformes soient bien menées avec une vision et une ambition. Toute réforme est possible si les gens en comprennent le sens, et leur rôle dans celle-ci.

Jean-Paul Bailly a été le PDG de la RATP (1994-2002) puis de la Poste (2002-2013), où il a mené des réformes profondes en évitant des conflits majeurs. Ces deux entreprises avaient de nombreux points communs : une forte emprise syndicale, des relations souvent conflictuelles avec les élus locaux, une longue tradition de management centralisé et des qualités de services jugées médiocres à l’époque. Mais elles présentent aussi des différences, la RATP est une société très technique sur un marché des transports porteur, et sans concurrent. La Poste est quant à elle sur un marché du courrier déclinant, avec l’arrivée d’internet dans les années 2000, et très concurrentiel sur ses autres activités de livraison et de banque. Avec Jean-Paul Bailly à sa tête, elle a repensé l’ensemble de son organisation et modernisé ses infrastructures. Le groupe dispose aujourd’hui du réseau le plus moderne d’Europe. Par son expérience, il nous montre donc qu’il est possible d’entreprendre de grands changements dans le secteur public en France.

La mise en œuvre des réformes ne peut pas être strictement centralisée et suppose plusieurs dimensions. Le temps est une dimension essentielle. Il faut gérer à la fois la durée, l’anticipation, la continuité (des équipes et de la stratégie), choisir le bon moment et trouver le bon rythme. La politique en est l’exemple contraire, les lois arrivent dans un ordre qui ne fait aucun sens, alors qu’il devrait permettre de voir la construction d’un projet où chaque loi est une brique qui y contribue. Pour bien réformer, il faut également comprendre que le but est de transformer l’entreprise tout en gardant son ADN. C’est un moyen de donner du sens à la réforme, en respectant les racines de l’entreprise. Enfin, le dialogue social est essentiel dans la construction d’un projet. Il permet d’inclure toutes les parties prenantes dans la réforme, pour que chacun se sente investi dans le projet. Les négociations doivent pour cela se dérouler à proximité du terrain et l’interlocuteur ne doit jamais changer. A la RATP, l’anticipation et le dialogue social ont ainsi permis de mettre en place la ligne 14 du métro parisien sans conducteur et sans grève. Les négociations ont commencé trois ans avant la mise en service et ont donc pu se terminer un an à l’avance. Ce temps a permis de réaliser des formations et de mettre en place l’organisation future. Les négociations se sont faites sur le terrain avec comme négociateur le futur directeur de la ligne, et non le ministre de tutelle ou le PDG de la société comme le demandaient les syndicats.

La philosophie du management se définit par les « 3S ». Un dirigeant doit fédérer son équipe autour d’une ambition et de projets qui donnent du « Sens » au travail de chacun. Le « Soutien » est ensuite le cœur du management, il est nécessaire de créer les conditions favorables au sein de l’entreprise pour la réussite du projet. Enfin, le « Suivi » permet de vérifier la bonne réalisation du projet.

Le dialogue et la confiance sont finalement les bases d’une réforme bien menée, et s’enrichissent l’un l’autre. Le dialogue doit permettre de construire ensemble et non d’imposer sa vision des choses. Mais il doit cependant s’accompagner de fermeté. C’est pendant la présidence de Jean-Paul Bailly à la RATP qu’est née la notion d’alarme sociale, qui a fait pratiquement disparaître la conflictualité au sein de l’entreprise. Ces notions de dialogue et de confiance sont au cœur de son ouvrage sorti en septembre 2016 : « Réformez ! Par le dialogue et la confiance ».

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