Club de Gestion Financière

Club de Gestion Financière

Hubert Védrine, Ancien Ministre des Affaires Etrangères

 « Quels Black Swans en 2018 ? »

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Ce jeudi 18 janvier 2018, le petit-déjeuner était animé par Hubert Védrine et portait sur le thème « Quels Black Swans en 2018 ?».

Popularisés par Nassim Nicholas Taleb, les Black Swans désignent les événements extrêmes dont la probabilité d’occurrence dévie des lois statistiques classiquement utilisées pour l’élaboration de conjectures, ce qui les rend particulièrement imprévisibles. Ils sont considérés comme sous-estimés dans la plupart des modèles prévisionnels. Si les risques de marché sont relativement bien pris en compte par les analystes, les risques géopolitiques sont eux largement sous-estimés et rarement considérés.

Dans son intervention, Hubert Védrine a centré son analyse sur les risques dans les différentes régions du Monde liés à la géopolitique humaine, modelée et façonnée par des jeux entre anciennes et nouvelles puissances. L’Histoire n’est pas finie, puisque depuis la chute de l’URSS en 1991, aucune communauté internationale n’a été créée. Il n’y également pas de gestion globale du Monde et l’ONU, le G20 ou encore le G7 ne sont finalement que des enceintes de négociation.

Ces jeux de pouvoir sont d’autant plus difficiles à analyser du point de vue européen, qu’il existe un fort biais médiatique en Europe, ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays. Ainsi la crise de l’Islam dans le Monde est, la plupart du temps, passée sous silence.

Quelle est la situation globale actuelle ?

D’une manière générale, en Occident, les classes populaires et les classes moyennes ont décroché de la mondialisation et de l’intégration européenne telle qu’elle est conduite actuellement. C’est la raison pour laquelle on voit apparaître des évènements radicaux comme le Brexit ou encore l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Les élites occidentales ont, pendant un temps, mal géré leurs relations avec le reste de la société. Elles se retrouvent aujourd’hui comme une locomotive sans roues pour avancer.

En Asie, on observe une montée en puissance de la Chine. La Chine d’aujourd’hui, doit tout à son dirigeant de la fin des années 1970, Deng Xiaoping. Aujourd’hui, avec la nouvelle route de la soie et l’Afrique, la Chine menace directement une soixantaine de pays dans le Monde, dont cinq en Europe. Dans ces conditions, il est légitime de s’attendre à ce qu’elle impose une hégémonie soft sur le Monde. De son côté, H. Védrine ne pense pas que la Chine contrôlera le Monde et ce même si les pays émergents se livrent à une compétition entre eux. Sur le plan diplomatique, un G2 entre la Chine et les Etats-Unis paraît autant improbable qu’une alliance avec les Russes. Si la Chine représente aujourd’hui une puissance mondiale de premier plan, elle est toutefois susceptible de connaître des tensions avec les Etats-Unis à plus ou moins long terme, sur le sujet du contrôle des océans et des mers asiatiques, et qui pourraient déboucher sur un affrontement militaire.

Concernant le reste de l’Asie et plus particulièrement la Corée du Nord, une guerre est inenvisageable. Le régime nord-coréen se veut effrayant mais ce comportement sert essentiellement à sanctuariser le dirigeant Kim Jung Un pour contrôler son pays.

Depuis sa création, il subsiste un problème majeur pour l’Europe : ce sont les peuples qui la composent. Lors du vote pour le traité de Maastricht, le « Oui » ne l’a emporté que de 1%, ce qui met bien en avant les profonds désaccords qui peuvent exister entre les citoyens européens. Toutefois, une dislocation de l’Europe ne semble toutefois pas possible à l’heure actuelle. Rien n’est encore joué pour le Brexit, le Royaume-Uni pourrait même conserver sa place au sein de l’Europe. L’Europe présente un intérêt pour ses membres puisque même les régions comme l’Ecosse ou la Catalogne qui souhaitent se séparer de leur pays, souhaitent en même temps rester dans l’Europe. L’Europe de manière générale sera très compliquée à réformer à court terme. D’une part en France, où l’on observe un décrochage des classes moyennes, hostiles au projet européen et qui doit continuer son travail de pédagogie initié par Emmanuel Macron. D’autre part en Allemagne, où Angela Merkel est très affaiblie depuis les élections fédérales de 2017. Elle doit composer avec le SPD, dans l’opposition, pour gouverner. Cette situation limite son pouvoir de décision et limite la poursuite des négociations des réformes européennes.

Sur le plan géopolitique, l’Europe ne devrait pas monter en puissance pour faire face au reste du Monde et ce même avec le retour du dynamisme économique. Elle doit en revanche faire face à une problématique majeure, celle des flux migratoires. La situation est gérée dans la confusion la plus totale, entre les demandeurs d’asile, d’une part, dont la demande doit être traitée dans les plus brefs délais, et l’immigration économique, d’autre part, qui doit être traité de manière plus raisonnée. Les Etats membres doivent donner un rôle plus grand à l’Europe dans la gestion de Schengen. Il faut instaurer des quotas par métier et accueillir intelligemment l’immigration. Il faut également, et à plus grande échelle, négocier des accords entre les pays de départ et les pays d’arrivée.

Le Moyen-Orient connaît quant à lui de grands bouleversements et aucun des camps en présence dans la région n’est en mesure de s’imposer. En Arabie Saoudite, en plus d’un bouleversement culturel et d’une modernisation du pays, Mohammed Ben Salmane, le prince héritier, a réalisé un putsch en enfermant une partie de la famille royale. Cette décision politique lui permet d’asseoir sa puissance à la tête du Royaume. En Iran, les tenants du régime qui ne veulent pas de modernisation font face à une population toujours plus contestataire et en quête de liberté. En Israël, le pays ne parvient toujours pas à gérer la question palestinienne. En revanche, le pays mène une politique extérieure de protection nécessaire dans le contexte actuel. Enfin, au Yémen, l’Arabie Saoudite et l’Iran mènent une guerre tragique par camps yéménites interposés. Sur le plan de l’équilibre régional, cette situation est dangereuse.

Aux Etats-Unis, la réélection de Donald Trump n’est pas exclue. Les pays du Monde doivent comprendre qu’il est réellement le président des Etats-Unis et sortir de la phase de stupéfaction dans laquelle ils sont plongés depuis son élection. Comme l’a expliqué Angela Merkel « On ne peut plus compter sur eux, il faut mieux s’organiser entre nous ». De par la position actuelle de Donald Trump vis-à-vis du reste du Monde, les alliés des Etats-Unis, comme l’Arabie Saoudite ou Israël pourraient se voir pousser des ailes contre l’Iran.

Pour conclure, s’il n’existe pas de région particulière du globe susceptible de provoquer un traumatisme tel qu’il aurait un impact énorme sur l’ensemble du monde et plus précisément sur les marchés, Hubert Védrine rappelle qu’un ensemble de foyers de tensions existent à l’heure actuelle. S’ils sont aujourd’hui trop petits ou trop isolés, ils ne devraient cependant pas être négligés.

Accés réservé
AUX ABONNÉS TRIVAL®
Accés réservé
AUX ABONNÉS DU CLUB
Vous souhaitez des informations complémentaires ?
Contactez-nous