Club de Gestion Financière

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Bertrand Jacquillat, Président d’Honneur d’Associés en Finance et Jean-Pierre Petit, Président des Cahiers verts de l’Economie

« Faut-il croire à une surperformance Européenne ? »

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Ce mercredi 21 décembre 2017, le petit-déjeuner était animé par Bertrand Jacquillat et Jean-Pierre Petit et portait sur le thème « Faut-il croire à une surperformance européenne ?».

Dans une première partie, Bertrand Jacquillat est intervenu sur l’état actuel des marchés financiers et sur le bilan de l’année 2017. Dans l’ensemble, les marchés ont connu une très bonne année : le contexte économique est actuellement optimiste et les perspectives de croissance sont bonnes et se renforcent. Les taux d’intérêt continuent d’être au plus bas en Europe et restent faibles aux Etats-Unis. La volatilité est historiquement faible pour les indices, options ainsi que les CDS. Ce contexte économique a permis aux bourses du monde de progresser significativement cette année, le CAC40 (+13,9%), l’Euro Stoxx (+13,3%), ainsi que l’ensemble des autres bourses à l’exception de la Russie ont progressé. Enfin Bertrand Jacquillat a souligné que la prime de marché relative, c’est-à-dire le ratio de la prime de marché absolue au taux du Bund penchait largement en faveur du marché action avec une prime de 1972% en décembre 2017.

Dans une seconde partie, Jean-Pierre Petit est intervenu sur l’état actuel de l’Europe et des marchés par rapport au reste du monde. Selon lui, si l’Europe va mieux c’est aussi parce que le monde entier va mieux. Cette dynamique, portée principalement par la France, l’Italie et le reste de l’Europe du Sud, va ainsi permettre à l’Europe d’atteindre une croissance de +4% pour l’année 2017. La croissance française, de son côté, va atteindre +1,9% en 2017, bien au-dessus des consensus de début d’année. Si les prévisions 2018 pour la France sont elles aussi très bien bonnes avec +2.1%, Jean-Pierre Petit les juge faibles et tablerait sur des croissances plus optimistes entre +2,5% et +2,7%. Concernant le reste du monde, la croissance est elle aussi au rendez-vous. Celle-ci devrait atteindre +4.7% pour 2017. Certes, cette croissance ne correspond pas à celle des années 2000 et l’émancipation des émergeants tels que la Chine ou le Brésil mais elle permet de retrouver une certaine stabilité mondiale. Aujourd’hui la croissance est plus homogène, aucun pays du G20 ne connait de difficulté majeure. Les marchés ne connaissent pas non plus de déséquilibres: ils sont très peu volatils, il n’y a également pas de bulle action ni de bulle immobilière dans les trois grandes zones systémiques. Les investissements Corporate, mis à part en Chine et Royaume-Uni, augmentent et même l’industrie mondiale est au plus haut depuis 2007.

Avant d’analyser la situation européenne, Jean-Pierre Petit s’est penché sur les Etats-Unis et la Chine.

Concernant l’économie américaine, les conditions macro-financières sont très accommodantes pour le pays. Si les taux d’intérêt à 2 ans ont augmenté de 100 points de base, les taux long à 10 ans restent stables et très faibles. Le dollar est également orienté à la baisse et la demande internationale est aussi favorable aux Etats-Unis. Seul bémol, la réforme fiscale ne sera pas aussi profitable aux sociétés par rapport au projet initial.

Concernant la Chine, le président Xi va briguer cinq années supplémentaires à la tête du pays. Le président chinois possède un très bon bilan notamment en matière de lutte contre la corruption et la réforme des entreprises publiques. Jean-Pierre Petit rappelle toutefois que l’économie chinoise n’est pas homogène. D’un côté il existe une Chine sous profitable, surendettée et adepte du shadow banking. Et d’un autre côté une Chine qui a su profiter de la dette pour se réformer en profondeur, développer la Tech et se moderniser. La Chine alloue désormais 2% de son PIB en dépense de R&D.

Jean-Pierre Petit a ensuite analysé la situation européenne. Selon lui les marqueurs économiques sont au vert. Les PMI manufacturières sont au plus haut depuis avril 2000 et sont très bien diffusées (géographiquement et sectoriellement). La demande des ménages est également bien orientée : la demande en biens durables, c’est-à-dire des biens dont la durée de vie est supérieure à deux ans, est au plus haut depuis 2000. Ce fait marque un retour de la confiance des ménages. Cette conjoncture n’a été permise que par l’action de la BCE et particulièrement de Mario Draghi qui a fait passer la courbe de la croissance nominale au-dessus de celle des taux longs permettant une reprise des crédits. Un pays en particulier tire actuellement avantage de cette situation, la France. Délaissé depuis des années, le pays regagne de l’intérêt à l’international grâce à l’effet Macron. Celui-ci profite de la bonne croissance française et de l’absence d’opposition pour lancer des réformes en profondeur. Emmanuel Macron doit par ailleurs continuer le développement du projet européen avec l’Allemagne notamment sur la poursuite de l’Union bancaire et la mutualisation des nouvelles dettes. Concernant le reste de l’Europe : l’Allemagne doit faire face à plusieurs problématiques notamment sur la transition énergétique et la gestion de l’immigration. Selon lui, l’Europe ne doit pas craindre les élections législatives en Catalogne où les indépendantistes ne sont pas sûrs d’obtenir une majorité. L’éventualité d’une indépendance de la Catalogne est selon lui peu plausible dans la mesure où il n’existe aucun projet concret et viable dans ce sens. Jean-Pierre Petit a souligné le redressement de l’Italie notamment de ses banques avec la baisse de leurs créances douteuses.

Existe-t-il donc un rattrapage au niveau européen ? Faut-il croire à une surperformance européenne ?

Il y a dix ans, la crise financière a démarré aux Etats-Unis. A l’époque l’Europe expliquait que cette crise n’impacterait pas son économie. Dix ans plus tard, les Etats-Unis ont, grâce à une meilleure gouvernance, réussi à dépasser largement l’Europe : les Etats-Unis ont gagné 15 points de PIB entre 2008 et 2017, quand l’Europe n’en a gagné que 5. Les investissements européens représentent également 20 points de moins que les américains. Enfin, si les marchés européens surperforment, les marchés américains ont fait mieux, principalement grâce à l’action de la FED, plus réactive que la BCE dans la mise en place des politiques de quantitative easing.

Pour finir, un risque de correction à court terme est envisageable. Les marchés n’ont pas connu de correction depuis deux ans, Jean-Pierre Petit a rappelé que lors d’un cycle de bourse haussier, les corrections surviennent dans 15% du temps. Ce risque reste tout de même limité puisqu’aucun marché n’est largement surévalué et encore moins en situation de bulle. Seul le Bitcoin est l’actif qui présente toutes les caractéristiques d’une bulle mais son poids dans l’économie mondiale reste très faible.

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