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Fév 24, 2017

Trump, gourou boursier malgré lui !. Par Bertrand Jacquillat

Son premier mois passé comme Président des Etats-Unis a bien été conforme aux promesses de campagne du candidat Donald Trump, même si la formation de son gouvernement prend plus de temps qu’il ne le prévoyait et retarde la mise en œuvre de ses réformes économiques (baisse des impôts, dérégulation bancaire, programme d’infrastructures,…). Il est un point sur lequel il a cependant changé d’avis, c’est le marché boursier. Il a tweeté jeudi dernier que « le marché boursier avait atteint de nouveaux sommets après l’une des plus longues phases de hausse jamais connue depuis des décennies (huit ans en mars) ; celle-ci reflète une grande confiance et un grand optimisme, avant même que j’aie déroulé ma réforme fiscale ». De fait, Wall Street et tous les indices boursiers américains ont atteint des sommets la semaine dernière, S&P 500, DJIA, Nasdaq, Russell 2000 et plus particulièrement les banques comme Goldman Sachs et les valeurs technologiques comme Apple, société dans laquelle le sage d’Omaha, Warren Buffett, vient d’effectuer un investissement massif de 8 milliards $. Mais malgré le satisfecit qu’il se donne, Donald Trump n’a sans doute pas profité de cette euphorie boursière, lui qui déclarait en août dernier sur Fox News « J’ai investi en actions mais je m’en suis retiré, et c’était sans doute au moment opportun et une sage décision »… Tous les indicateurs justifient pour l’instant ce rallye boursier. Malgré leur remontée, les taux d’intérêt réels sont proches de zéro, la croissance de l’économie américaine ne faiblit pas, au contraire, même si elle n’est pas spectaculaire. L’indice Citi des surprises économiques n’a jamais été aussi élevé, ce qui signifie que les données de l’économie qui tombent sur les écrans des opérateurs sont meilleures que celles qu’ils anticipaient. Ceci est vrai notamment des bénéfices des sociétés américaines. Et puis, il y a les « esprits animaux » chers à Keynes, c’est-à-dire la psychologie des investisseurs et des marchés qui est nettement plus rose qu’il y a un an lorsque les marchés s’affaissaient par crainte d’une récession et des difficultés en Chine. La semaine dernière, Morgan Stanley a même publié un rapport au titre évocateur « We are bullish on China ». Ambiance, ambiance ! Oui mais attention, les niveaux de valorisation ont augmenté. Le PER des bénéfices dans le monde, tel qu’il ressort des indices MSCI, est passé de 19.3 en 2015 à 22.1 aujourd’hui, augmentation provoquée par la hausse des marchés américains dont le multiple est de 23.5. Celui-ci semble surévalué au regard du ratio capitalisation boursière/valeur comptable des fonds propres, qui s’établit à 2.8, contre 1.7 pour les autres marchés boursiers qui sont, eux, encore loin de leur plus haut (25% en dessous du plus haut de 2007, et 11% par rapport à celui de 2015). Ainsi, ceux qui croient que la hausse des marchés boursiers n’est pas terminée mais qui accordent une confiance limitée à Donald Trump devraient privilégier les autres marchés que le marché américain.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 24 février 2017