ÉTUDES & ÉVÉNEMENTS

Fév 24, 2017

Robert Zarader : « Cessons de mythifier les start-uppers »

Quelques arbres, ici ou là ne sauraient cacher une forêt peuplée, au mieux d’échecs, au pire d’inaccessibilités

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Par Robert Zarader, associé chez Equancy and Co

Bourdieu et Passeron ont la vie dure ! La reproduction des “héritiers” n’a pas été effacée, elle s’impose simplement ailleurs pour servir une nouvelle mythologie, l’idéologie “start-up”. En 1964, les auteurs stigmatisaient une société structurée en sous-groupes où une fraction de la jeunesse – scolaire et étudiante – ne disposait pas des “outils culturels” propres à son émancipation et sa réussite sociale. Leur patrimoine culturel était jugé insuffisant pour rivaliser avec l’autre jeunesse, dorée et privilégiée. En 2017, les mêmes causes produisent les mêmes effets mais “ailleurs”. Cette nouvelle mythologie – celle des jeunes startuppers triomphants – scellerait la fin des privilèges, l’accession au pouvoir économique d’une jeunesse libérée et innovante. N’en déplaise aux nouveaux zélateurs de la réussite de cette jeunesse imaginaire issue des banlieues et gagnant le Nasdaq. C’est juste un conte dédié à quelques dîners… de contes, très parisiens !

“Cette nouvelle mythologie – celle des jeunes startuppers triomphants – scellerait la fin des privilèges, l’accession au pouvoir économique d’une jeunesse libérée et innovante”

Le sondage réalisé par la Conférence des Grandes écoles à la suite du CES 2016 est édifiant. On y apprend que 83 % des fondateurs des 190 start-up présentes au salon ont été formés dans les grandes écoles dans un cursus principal ou complémentaire. Plus précisément : 79 % des fondateurs de ces start-up ont obtenu leur diplôme principal dans une grande école, et 64 % en formation complémentaire.

Les nouveaux héritiers

Quelques arbres, ici où là, cachent une forêt peuplée, au mieux d’échecs, au pire d’inaccessibilités. Toutes les études récentes réalisées sur les jeunes et les start-up démontrent que ceux qui réussissent sont issus de grandes écoles, filles ou fils de patrons et des CSP+ … De nouveaux héritiers où le champ inaccessible de la culture dans les années 1960 s’est mué en champ inaccessible de la start-up aujourd’hui.

“le monde des start-up tel qu’il est doit être réformé pour être véritablement accessible à des jeunes accompagnés différemment des “héritiers”… ”

Pour autant, ne baissons pas les bras, l’innovation, la création et la start-up ne sont le monopole ni d’un âge (fut-il tendre), ni d’une géographie (fut-elle urbaine), ni d’une couche sociale (fut-elle privilégiée). Mais pour faire que cela soit possible, il faut admettre que le monde des start-up tel qu’il est doit être réformé pour être véritablement accessible à des jeunes accompagnés différemment des “héritiers”…

*Cette opinion est publiée à l’occasion des Assises internationales de la Coopération et du Mutualisme, qui ont eu lieu le 3 février dernier à l’Université Paris-Dauphine.