ARTICLES ET ANALYSES

Nov 18, 2016

Repenser la gestion avec les robots. Par Bertrand Jacquillat

Les robots seraient-ils de meilleurs conseils en investissement que les gérants traditionnels ? Toujours est-il que les premiers sont en passe de supplanter les seconds, dans une version low cost, « disruptive » de la gestion de portefeuille traditionnelle. Le mouvement de robotisation de la gestion semble bien enclenché pour ce qui concerne l’allocation d’actifs, composante essentielle et mère de toutes les batailles en matière de gestion de portefeuille. Celle-ci consiste à décider de la répartition d’un portefeuille en ses principales composantes : quel pourcentage en actions, obligations, bons du Trésor, métaux précieux, etc. avec quelle répartition géographique ? Un ordinateur ayant accès à une banque de données d’un large échantillon de fonds indiciels et d’ETF (Exchange Traded Funds) avec les historiques de leur rentabilité pourrait, presque le temps d’un clic, donner la composition optimale d’un portefeuille par grandes classes d’actifs, compte tenu des caractéristiques démographiques et patrimoniales de n’importe quel individu. Pour ce faire, il suffit d’indiquer l’aversion au risque de celui-ci, sur une échelle de 0 (forte) à 10 (faible), ses données de revenu et de capital (selon sa nature, actions, immobilier, autres), son horizon temporel d’investissement et sa nationalité. Et le robot sortira la composition de son portefeuille « optimal » par grande masse, classe d’actifs et zone géographique avec la dénomination des supports d’investissement correspondants. Des start up de gestion robotisée se créent tous les jours, soit sous forme entrepreneuriale, soit à l’abri de grandes institutions financières. Goldman Sachs, qui à l’inverse d’un Morgan Stanley ou d’un Merill Lynch ne dispose pas d’un réseau développé de gérants qui lui sont affiliés, vient de racheter une petite société de technologie financière au Texas qui propose ce type de services, spécialisée dans la gestion des plans de retraite des petites sociétés, des autoentrepreneurs et des artisans. C’est dire l’importance de l’enjeu quand on sait que Goldman Sachs n’est pas le conseil financier naturel du petit entrepreneur. Le métier de gérant n’est pas pour autant en voie d’extinction, mais il va monter en gamme en se focalisant. L’individu en possession d’un certain patrimoine, d’une société familiale qu’il souhaite vendre un jour, confronté à des problèmes patrimoniaux d’ordre familial et la crainte de voir tout cela disparaître a sûrement besoin d’un gérant conseil financier. Et encore davantage si sa fortune est encore plus élevée, c’est sur ce segment de marché que prospèrent les « family office ». La gestion de fortune est suffisamment angoissante lorsqu’il s’agit de son propre patrimoine pour qu’un conseil externe puisse utilement tenir lieu de réconfort émotionnel autant que financier. Mais en tout état de cause, pour le commun des investisseurs mortels, c’est à dire pour la gestion d’une épargne diversifiée mais plus modeste, un robot sera vraisemblablement meilleur gestionnaire, surtout dans l’activité d’allocation d’actifs. Il sera particulièrement utile dans sa fonction de coaching de l’investisseur, pour éviter que celui-ci ne succombe aux paniques ou aux modes, et rendra obsolète le rôle traditionnel et basique du gérant de portefeuille.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 18 novembre 2016