CLUB DE GESTION FINANCIÈRE

Un cadre unique de réflexions et d’échanges sur les grands thèmes financiers d’actualité

« Un monde en mouvement : Inquiétudes fondées ? »

12 septembre 2019

Par Patrick Artus, Chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis

Ce jeudi 12 Septembre 2019, Patrick Artus, Chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis, est intervenu sur l’actualité économique mondiale, notamment sur les risques de récession et leur impact sur les marchés financiers.

Patrick Artus débute son intervention en soulignant le pessimisme ambiant concernant la santé de l’économie mondiale, mettant en avant une étude de la NABE réalisée auprès de 226 économistes américains : 80% d’entre eux déclarent craindre une récession en 2020 ou 2021.

Bien que la guerre commerciale que se livrent les Etats-Unis et la Chine laisse craindre d’importantes répercussions sur l’économie mondiale, son impact reste marginal : les augmentations de droits de douane décidées par Donald Trump ne représentent que 0,11% du PIB mondial. La principale cause du ralentissement de la croissance mondiale, qui est passée d’un niveau annuel de +3/4% à +2,5% cette année, réside dans la baisse des importations chinoises. L’économie du pays, dont l’ensemble des indicateurs se dégradent, évolue d’un modèle économique axé sur l’industrie à un modèle axé sur la consommation. Cette transition implique un besoin moins important de ressources et diminue en conséquence leurs importations, ce qui nuit au secteur industriel mondial et notamment à l’Allemagne. Malgré ce ralentissement observé de la croissance mondiale, une récession demeure peu probable du fait de l’univers de taux bas : les crises économiques récentes ont été déclenchées lorsque des agents économiques se sont trouvés brusquement placés en situation d’insolvabilité (par exemple les ménages modestes américains incapables de rembourser leur crédit immobilier en 2007). Or, dans une situation de taux d’intérêt négatifs, l’ensemble des agents demeure solvable, en témoignent les niveaux des taux de défaut actuels à leurs plus bas historiques.

Le deuxième thème abordé est celui de la politique monétaire orchestrée par les banques centrales afin de lutter contre l’absence d’inflation. Malgré le plein emploi aux Etats-Unis et dans certains pays de l’Union Européenne, l’inflation demeure inférieure aux niveaux visés. La raison principale est que le plein-emploi n’a pas entraîné d’accélération des coûts salariaux unitaires, car on observe une forte déformation du partage des revenus en faveur des profits et au détriment des salariés. Cette déformation implique une forte hausse des marges bénéficiaires des entreprises et un ralentissement des hausses de salaire. De plus, la flexibilisation du marché du travail, qui a entrainé une baisse de la syndicalisation et un recul de la protection de l’emploi, a causé le recul du pouvoir de négociation des salariés et empêche la hausse des salaires.

Les annonces de la BCE attendues ce jeudi 12 septembre sont ensuite évoquées, à savoir une reprise du programme de quantitative easing et une baisse des taux d’intérêt. Le maintien des taux d’intérêt au niveau actuel ne présente pas que des avantages, car il engendre la subsistance d’entreprises zombies, la création de bulles sur certains actifs, notamment l’immobilier, ainsi que des difficultés pour les banques et assureurs dans la gestion de leur bilan (ou encore une migration des capitaux européens vers les Etats-Unis). Seul un choc économique important pourrait causer une remontée des taux, avec comme scénario « plausible » l’éclatement d’une bulle immobilière, le défaut d’un assureur européen

ou encore l’élection d’un candidat issue de l’aile gauche du parti démocrate aux élections américaines de 2020. De plus, les marchés financiers anticipant le maintien des politiques monétaires expansionnistes des banques centrales, celles-ci se retrouvent piégées à devoir les maintenir, sous peine de causer une brutale chute des cours.

Le dernier thème développé est celui des marchés financiers, notamment l’impact des taux bas sur la rentabilité attendue des actifs. Ceux-ci ont successivement causé l’écrasement de la prime de la plupart des actifs risqués, notamment les obligations high yield, causant la migration des investissements vers les actifs illiquides pour bénéficier d’un surplus de rentabilité (tel que l’immobilier et le private equity). Désormais, la prime d’illiquidité de ces derniers se contracte également, engendrant une chute de leur rentabilité attendue. Les actions européennes sont les seules à avoir résisté à ce mouvement. Cela s’explique par différents facteurs, notamment des résidents non européens ayant une vision négative de l’économie européenne prenant des positions vendeuses en actions et acheteuses en obligations ou encore des assureurs qui sont également en position vendeuse d’actions afin de répondre aux normes prudentielles pesant sur leur bilan. Cependant, les résultats des entreprises européennes demeurent satisfaisants, avec des bénéfices en hausse dus à la baisse des taux d’intérêt et à des salaires stagnants. Enfin, Donald Trump semble changer d’orientation stratégique à la veille des élections, cherchant davantage le compromis que la confrontation, en témoigne le limogeage de John Bolton. À la vue des différents éléments énoncés, l’optimisme est de rigueur sur le marché des actions en Europe.

Pour conclure, Patrick Artus, qui admet que sa vision est plus optimiste que celle du consensus, nous invite à ne pas transposer les événements du passé et à éviter les raisonnements automatiques sur la durée des cycles économiques.

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