CLUB DE GESTION FINANCIÈRE

Un cadre unique de réflexions et d’échanges sur les grands thèmes financiers d’actualité

« Rôle de l’Asset Management face aux défis économiques européens »

15 février 2018

Par Yves Perrier, Directeur Général d’Amundi

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Ce jeudi 15 février 2018, le petit-déjeuner était animé par Yves Perrier et portait sur le thème « Rôle de l’Asset Management face aux défis économiques européens».

L’industrie de l’Asset Management est relativement jeune en France, puisque sa création remonte à la fin des années 1990. Son objectif est de gérer l’épargne des ménages avec l’optique de placer leur argent sur le long terme. L’Asset Management mondial est dominé par les acteurs américains que sont notamment Blackrock, Vanguard AM ou encore State Street Global Advisors. Amundi, société née de la fusion entre la Société Générale AM et le Crédit Agricole AM, et dirigée par Yves Perrier, est devenue en huit ans d’existence un acteur majeur de l’Asset Management à travers le monde. La société est aujourd’hui leader sur le marché européen et est au huitième rang mondial, avec près de 1 400 Mds€ d’encours sous gestion.

L’industrie financière subit un ensemble de mutations, comme la baisse des rendements, la plus faible progression des actifs sous gestion, ainsi que les évolutions technologiques. Il est alors légitime de s’interroger sur la nature du rôle que l’Asset Management doit exercer pour faire face aux défis économiques européens.

La zone euro fait face à trois grands défis. D’abord, la croissance économique de la zone euro paraît plus faible et extrêmement fragmentée par rapport aux autres zones. L’introduction d’une monnaie unique voulait unifier et lisser les disparités entre les pays. En l’espèce, la mission n’est pas accomplie. Il existe des disparités entre les pays du Nord et du Sud à l’image de celles entre l’Allemagne (solde extérieur excédentaire) et la France (solde extérieur déficitaire). Les pays du Nord ont une forte propension à l’épargne et les pays du Sud à l’endettement, autant d’exemples qui mettent en exergue les différences qui existent entre les pays. Cette situation correspond à l’état d’esprit et à la culture des différents pays qui composent la zone euro.

Ensuite, les entreprises doivent impérativement diversifier leurs sources de financement. Si aux Etats-Unis l’économie est financée à 25% par le système bancaire, l’économie européenne affiche quant à elle un taux de financement par le système bancaire de 75%. Cette situation limite le développement des projets à long terme et le financement de l’innovation, mais fait aussi supporter le risque financier aux banques.

Enfin, l’Europe doit maintenir la souveraineté de ses entreprises. Deux évènements, le Brexit et l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, ont renvoyé l’Europe à elle-même. L’objectif de l’Europe est-il de devenir un simple marché ouvert au monde ou de conserver sa place de puissance, aussi bien sur le plan militaire que sur la question de la souveraineté entrepreneuriale ? Si des zones géographiques comme l’Asie ou l’Amérique conservent la souveraineté de leurs sociétés, l’Europe observe aujourd’hui une fuite de son actionnariat : 50% de l’actionnariat du CAC40 est américain et cette proportion augmente à 60% hors prise en compte de l’épargne salariale.

Face à ces problématiques, l’Europe, et notamment l’Asset Management, doivent mettre en œuvre un certain nombre de mesures.

Premièrement, le financement des entreprises doit être de plus en plus diversifié. L’Europe doit passer à un système « non bancaire » afin de diminuer le poids des banques. Si la désintermédiation se met en place dans plusieurs pays comme la France, la Belgique et l’Italie, d’autres pays comme l’Allemagne ou encore l’Espagne font toujours très largement appel aux banques pour le financement des entreprises. La clef de la diversification réside dans la dette privée et le private equity qui permettent de financer des projets à long terme.

Ensuite, l’Europe doit régler la problématique de la souveraineté et du poids des actionnaires étrangers dans le capital des entreprises européennes. Yves Perrier croit réellement dans la nationalité des entreprises européennes. L’Europe doit comprendre pourquoi ses sociétés se tournent vers des investisseurs étrangers alors que l’épargne des européens est en excès. Cette question doit être réglée de manière durable pour conserver la propriété de nos sociétés et pouvoir infléchir leurs décisions stratégiques.

Enfin, les acteurs financiers, comme les gestionnaires d’actifs, doivent se responsabiliser en matière d’investissement socialement responsable. Cette responsabilisation passe par la politique d’investissement des fonds, ainsi que par l’impact de leur vote sur la stratégie des sociétés. Sur ce point, Amundi intègre un certain nombre de critères ESG pour réaliser un scoring des sociétés en portefeuille. Les sociétés mal notées sont sous-pondérées ou exclues du portefeuille. La prise en compte des critères ESG doit s’intégrer dans un contexte de changement technologique et de taux d’intérêt très bas qui impacte négativement l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie financière. Les frais de gestion sont désormais sous pression et ce de manière durable. L’industrie doit adopter des stratégies innovantes, face à la concurrence de la gestion passive et faire appel à des compétences multiples pour pouvoir évoluer avec la technologie et faire face aux évolutions réglementaires.

Pour conclure, même si l’Europe est à un tournant, face à ces grands défis, elle bénéficie de fondamentaux économiques solides. Elle doit cependant gommer les disparités qui existent entre les pays membres, notamment en termes de politiques économiques. Pour favoriser cette convergence économique, l’épargne doit être réallouée à des investissements de long terme au Nord comme au Sud de l’Europe. C’est sur ce point que l’industrie de l’Asset Management a un rôle à jouer. Elle doit faire le lien entre d’une part les épargnants de détail et les investisseurs institutionnels à la recherche d’un rendement plus élevé et, d’autre part, les sociétés en quête de financement de long terme pour leurs investissements.

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