CLUB DE GESTION FINANCIÈRE

Un cadre unique de réflexions et d’échanges sur les grands thèmes financiers d’actualité

Quels cygnes noirs pour les marchés financiers

14 juin 2018

Par Bertrand Jacquillat, Président d'Honneur d'Associés en Finance, et Jean-Pierre Petit, Président des Cahiers Verts de l' Economie

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Ce jeudi 14 juin 2018, le petit-déjeuner était animé par Bertrand Jacquillat et Jean-Pierre Petit, sur le thème « Quels cygnes noirs pour les marchés financiers ».

Bertrand Jacquillat commence par rappeler les conclusions du précédent petit déjeuner de mars 2018, qui se sont révélées particulièrement exactes. Après un premier trimestre morose, les indices actions sont en légère hausse dans la Zone Euro. Sur la période du 16 mars 2018 au 8 juin 2018, l’indice CAC 40 a progressé de 5,7% et l’indice Euro Stoxx de +3,0% dividendes inclus. Le marché a connu un certain regain de volatilité depuis le début de l’année, en raison des tensions commerciales avec les Etats-Unis et d’incertitudes politiques en Italie. Ces dernières ont pénalisé les actions italiennes, et l’indice FTSE-MIB enregistre un recul de -6,6% au 8 juin 2018 par rapport à mi-mars. Cette hausse de la volatilité ne semble cependant pas durable, avec une retombée des volatilités implicites sur les contrats d’options matérialisée par l’indice VIX. Ce dernier s’établit à 10,4 au 8 juin 2018 (contre une moyenne de 14,6 depuis 2009).Un élément particulier est à souligner, il s’agit de la hausse du dollar. Le mouvement de recul du dollar, qui avait pu être enregistré en 2017 s’est inversé sur les dernières semaines et le WSJ Dollar Index a progressé de +5% par rapport à son point bas de mi-février 2018. Sur cette même période, le dollar a progressé de +6% par rapport à l’euro. Enfin, la prime de marché se trouve dans une phase de stabilisation autour de sa moyenne. Ceci permet de conclure à une valorisation sur le marché proche de l’équilibre. Ainsi, même si le marché peut connaître des périodes de stress, les actions demeurent à des valorisations raisonnables, d’autant que la prime de marché relative demeure élevée, ce qui continue de traduire l’absence d’investissement alternatif rémunérateur. Enfin, la valorisation des actions dans Trival repose sur des prévisions prudentes quant aux plans d’affaires des sociétés. Aussi, les actions pourraient absorber des anticipations de croissance un peu révisées à la baisse.

Jean-Pierre Petit est ensuite intervenu sur les tendances de conjoncture mondiale pour le deuxième semestre 2018. La croissance économique mondiale bénéficie toujours de perspectives positives, principalement tirées par une amélioration de l’investissement en volume, de la production manufacturière ainsi que de la confiance des ménages.

Jean-Pierre Petit commence par souligner quelques déceptions dans le monde émergent. Il rappelle les principaux indicateurs à surveiller qui sont la situation de la balance commerciale, le volume de la dette libellée en dollar (sensible à une hausse du dollar) ainsi que la gouvernance du pays. A l’aune de ces critères, le Brésil et la Turquie sont aujourd’hui en difficulté et l’Afrique du Sud reste à surveiller.

La Zone Euro affiche un premier semestre assez décevant avec une multitude de mini-chocs. L’euro est passé de 1,04 $ en janvier 2017 à 1,24 $ en mars 2018 pour refluer depuis à 1,16 $. A ceci s’ajoutent les craintes du retentissement d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis et un choc d’offre pétrolier non négligeable avec un prix du pétrole qui est passé en un an de 45 $ à 76 $ aujourd’hui.

Ce choc reste négatif pour la croissance puisqu’il s’agit d’un choc d’offre et non d’un choc de demande. Malgré ces éléments, les vecteurs de la demande en Zone Euro restent présents et le taux d’emploi demeure à la hausse.

Au sein de cet environnement économique européen, l’Italie a marqué les esprits au cours des dernières semaines. Au plan politique, il ne s’agit pas de la tenue de nouvelles élections, mais plutôt la dynamique politique tenue par la Ligue ainsi que l’attitude jusqu’au-boutiste à la fois de Sergio Matarella et de Matteo Salvini qui ont été à l’origine des turbulences sur les marchés. Au plan financier, la hausse récente des taux d’intérêt s’approche des niveaux qui sont de nature à « menacer » à moyen terme la solvabilité budgétaire italienne[1]. Malgré cela, Jean-Pierre Petit demeure convaincu que l’Italie ne fera pas défaut, ni ne quittera la Zone Euro. L’histoire récente de l’Europe du Sud montre qu’il n’y a guère d’opportunités réelles pour les solutions aventuristes et improvisées. Et la sanction des marchés joue un rôle régulateur essentiel. Les sondages montrent par ailleurs la volonté des italiens de ne pas quitter la monnaie unique. En revanche, les tensions de marché risquent de durer plus longtemps que ce que l’on attendait.

Jean-Pierre Petit a conclu par l’analyse de la situation américaine. La célébration du 9ème anniversaire du cycle expansif US marque une fois de plus l’ère de tous les records. Le taux de chômage américain s’établit à 3,75% et 18,5 millions d’emplois ont été créés en 8 ans (contre 8,5 millions en Europe). Avec des vecteurs de croissance de la production manufacturière satisfaisants et une croissance annualisée qui s’établit autour de 3%, la situation américaine est somme toute plus que satisfaisante. Jean-Pierre Petit souligne qu’il ne faut pas confondre les discours et la réalité du protectionnisme mis en place par Trump. Quand on compare les promesses de hausse des tarifs douaniers contre la Chine annoncés lors de la campagne présidentielle américaine aux mesures effectives, on constate un écart très significatif. Alors que la promesse de campagne consistait à taxer l’intégralité des importations chinoises à 45%, l’effet statistique sur les prix à l’import de produits chinois s’établit autour de 2%. La guerre commerciale reste somme toute relative.

Concernant les indicateurs de marché, en prenant ceux des taux directeurs réels, des spreads high yield et de la courbe des taux, les niveaux actuels sont encore loin des moyennes des pics des 5 derniers marchés haussiers. Jean-Pierre Petit souligne enfin une deuxième année de révision à la hausse des BPA sur les marchés actions, confirmant une confiance certaine accordée aux perspectives de croissance futures.

Les membres du Club de gestion financière d’Associés en Finance ont particulièrement apprécié la convergence des conclusions des deux conférenciers, qui, avec des approches quelques peu différentes, étaient portées vers un optimisme raisonnable.

[1] La maturité moyenne de la dette est aujourd’hui de 6,9 ans

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