CLUB DE GESTION FINANCIÈRE

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« Politique monétaire, fondamentaux et marché d’actions : sommes-nous dans le monde d’après ? »

10 septembre 2020

Par Patrick Artus, Chef économiste, membre du comité exécutif de Natixis et co-auteur du livre L'économie post-Covid

Ce jeudi 10 septembre 2020, Patrick Artus, Chef économiste, membre du comité exécutif de Natixis et co-auteur du livre L’économie post-Covid : Les huit ruptures qui nous feront sortir de la crise, a animé une visio-conférence autour des problématiques économiques et financières provoquées par la crise sanitaire qui traverse le monde depuis le premier semestre 2020.

Patrick Artus a débuté son intervention en s’arrêtant sur le profil de croissance à venir des pays depuis la chute brutale de leur PIB. Ce profil est assimilé au symbole de la « racine carré », traduisant une forte reprise à court terme, sous forme de « V », suivie d’une croissance plus modérée à moyen terme. La dégradation de facteurs structurels, tels que l’investissement des entreprises ou encore l’attribution de crédits, compromet la croissance potentielle des pays les plus sévèrement touchés.

Puis, M. Artus a analysé la réaction des différents acteurs économiques face à une telle rupture de l’activité. Il a notamment évoqué la réactivité pertinente des états qui n’ont pas hésité à creuser leur déficit public pour venir en aide aux ménages et aux entreprises en difficulté. Celles-ci ont d’ailleurs subi de plein fouet cette crise sanitaire avec une baisse généralisée des volumes d’activité et des niveaux de profitabilité. Néanmoins, cette situation ne devrait être que temporaire et les firmes devraient retrouver, selon M. Artus, leur profitabilité d’avant crise dès 2021. En effet, ces dernières possèdent la capacité de répercuter les chocs subis autant sur le partage de la valeur ajoutée en freinant l’augmentation des salaires que sur les prix pour restaurer leurs marges.

Patrick Artus a commenté le rôle primordial des banques centrales et des effets désinhibiteurs de cette crise sur les dogmes de la politique monétaire. Ce sont ces mêmes politiques expansionnistes qui ont rendu possible de tels déficits des états en permettant une monétisation de la dette publique. Ainsi, les banques centrales appliquent, et selon toute vraisemblance appliqueront pendant plusieurs années encore, des taux d’intérêt très faibles et des mesures de Quantitative Easing en masse. Par ailleurs, M. Artus est revenu sur l’annonce de la Réserve Fédérale qui, sous le motif que le plein-emploi n’entraîne plus nécessairement d’inflation, modifie ses objectifs en se concentrant sur une moyenne dans le temps long plutôt que sur un chiffre-cible d’inflation. En d’autres termes, pour rattraper la période actuelle de quasi-déflation, la FED pourrait laisser filer ce taux au‑delà des 2% sans correction immédiate.

Cependant, une telle quantité de liquidité injectée par les banques centrales ne reste pas sans conséquences sur les marchés financiers, a alerté Patrick Artus, qui prévoit une hausse du prix des actifs dès lors que la généralisation d’un vaccin mettra un terme à l’incertitude des investisseurs. Cela engendrera alors une décorrélation entre l’économie réelle dont la croissance sera modérée et les prix des actifs qui, eux, risquent de s’envoler. Avec moins d’aversion au risque et beaucoup de liquidités, des bulles pourraient se former. Ainsi, de tels mesures de politique monétaire se paient au prix d’une instabilité financière.

M. Artus a également évoqué la rupture de l’équilibre international sur le maché des changes. Le dollar américain est victime d’une défiance naissante au vu d’un climat d’incertitude politique et d’un déficit public qui a plus que doublé en ces temps de crise. Cette défiance s’est faite au profit d’un euro qui bénéficie, en termes de perception auprès des marchés financiers, du plan de relance européen. Il y a également eu une appréciation de certaines monnaies de pays émergents qui, malgré la baisse du prix des matières premières et l’arrêt du tourisme, voient de nouveau affluer des flux de capitaux.

Enfin, en réponse à une question posée en début de conférence : « Sommes-nous déjà dans le monde de demain ? », Patrick Artus a dépeint sa vision du monde post-Covid :

C’est, selon lui, un monde qui subira de profondes mutations sectorielles, dues aux changements des habitudes des consommateurs et du mode de fonctionnement des entreprises.

C’est un monde où la grande quantité de liquidités dérèglera l’effet des fondamentaux économiques sur les actifs, avec des décorrélations d’ores et déjà observables (entre le spread de crédit et le taux de faillite des entreprises par exemple).

C’est un monde où des tensions sociales pourraient naître de la déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires et au profit des capitaux, notamment financiers.

Enfin, c’est un monde où les modèles économiques classiques ne fonctionneront plus.

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