CLUB DE GESTION FINANCIÈRE

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« La Caisse des Dépôts, la planète et nous »

10 octobre 2019

Par Eric Lombard, Directeur Général de la Caisse des Dépôts

Ce jeudi 10 octobre 2019, Eric Lombard, Directeur Général de la Caisse des Dépôts, est intervenu afin d’expliquer le rôle particulier de la Caisse des Dépôts et son implication croissante dans les questions environnementales.
Eric Lombard a débuté son intervention en rappelant les principales missions et le fonctionnement de la Caisse des Dépôts. Cette institution, vieille de plus de 200 ans, bénéficie d’un statut particulier. En effet, la Caisse des Dépôts fonctionne sans actionnaire mais dispose bel et bien d’un capital. Sous la juridiction de l’Assemblée nationale, elle est indépendante de l’exécutif et a pour mission de soutenir les politiques publiques. Après avoir souligné l’importance de la prise de conscience actuelle quant à la lenteur de la mise en place de solutions pour améliorer notre impact sur l’environnement, Eric Lombard nous expose la direction prise par la Caisse des Dépôts. Depuis son arrivée, la priorité est mise sur des projets et des investissements durables, ainsi que sur l’économie circulaire (définit comme un modèle de production de biens et services limitant le gaspillage des ressources et l’impact environnemental en réutilisant les déchets générés).
Les institutions financières ont un rôle important à jouer dans le financement de projets à fortes composantes Responsabilité Sociale des Entreprises. La RSE regroupe l’ensemble des pratiques mises en place par les entreprises dans le but de respecter les principes du développement durable. La Caisse des Dépôts tente de montrer l’exemple en prenant des décisions fortes telles qu’un engagement de « décarbonation » de ses actifs sous gestion. Depuis 2014, l’empreinte carbone du portefeuille d’actions cotées de la Caisse des Dépôts a été réduite de 37% et celle des obligations d’entreprises de 54%. De plus, depuis le début de l’année, la Caisse des Dépôts a mis en place une politique d’exclusion plus drastique. Elle n’investira plus, en direct ou via des fonds, dans les entreprises dont l’exposition aux activités carbonées dépasse 10% de leur chiffre d’affaires. L’objectif est d’autant plus difficile à atteindre que la Caisse des dépôts gère plus de 150 Mds€ d’actifs sous gestion, dont 55 Mds€ en actions.
L’institution souhaite amplifier le mouvement et avoir un impact sur les territoires, grâce à des initiatives au niveau local. En effet, 40% des émissions de CO2 sont liées au secteur des transports (dont 24% au transport de voyageurs) et 20% des émissions aux logements résidentiels. Par ailleurs, les logements sociaux représentent 18% des logements en France (5 millions de personnes), ainsi la Caisse des Dépôts s’est lancée dans de vastes plans de rénovation du parc immobilier afin de le rendre moins polluant. Il existe plus de 800 opérateurs sur ce secteur, avec lesquels la Caisse des Dépôts travaille en collaboration afin de rénover les HLM. La première étape du plan consiste à réaliser des travaux d’isolement thermique. Afin aider les locataires les moins aisés, la CDC a mis en place les éco-prêts à taux zéro. L’enveloppe de 4 Mds€ dont dispose la CDC, pour ces éco-prêts, a été utilisée aux ¾ afin de rénover 350 000 logements et a permis de faire économiser 650 M€ de charges aux locataires. Cependant, l’institution doit faire face à l’arbitrage entre la construction de nouveaux HLM, dont la demande est croissante, et la rénovation thermique des plus anciens.
La deuxième phase du projet consiste dans la rénovation thermique des bâtiments publics. Les écoles ont notamment commencé à s’isoler thermiquement suite aux fortes chaleurs de l’été dernier. Désormais, la Caisse des Dépôts souhaite encourager les mairies à aller dans le même sens.
La Caisse des Dépôts, en partenariat avec Bpifrance, a financé à hauteur de 18 Mds€ des projets dans le développement durable et l’économie circulaire. Le programme ayant connu un important succès, a été renouvelé à hauteur de 16 Mds€. Cependant, la question de la sélection des projets se pose, car peu d’entre eux répondent aux mêmes critères que les projets présentés lors de la première phase du programme. De plus, la Caisse des Dépôts se voit dans l’obligation de refuser certaines propositions de projets déjà très bien financés par le secteur privé. Elle a toutefois noté que les programmes qu’elle finance, moins visibles, sont appréciés des investisseurs privés. En moyenne, pour 1 € investit par la Caisse des Dépôts, le secteur privé investit 7 € supplémentaires.
La CDC encourage également les financements locaux menant à une économie plus durable, locale et circulaire. L’investissement à hauteur de 70 M€, dans une centrale thermique qui produit de l’énergie à partir des déchets du BTP, près de Besançon, est le parfait exemple de ce type d’investissement. Cependant, la Caisse des Dépôts est consciente de l’importance de la concertation à un niveau plus global. Les initiatives locales restent limitées et la problématique des énergies renouvelables, plus particulièrement l’implantation des usines et des ZAC proches de parcs produisant de l’énergie d’origine renouvelable, ne pourront venir que de projets nationaux.
Il est important de souligner l’intérêt financier des projets de développement durable, illustré par la rentabilité de 8% dégagée par la Caisse des Dépôts au cours de l’exercice 2018. De plus, lors de sa dernière émission obligataire « développement durable », en juin dernier, la Caisse des Dépôts a bénéficié d’un taux à -0,26%, pour financer des projets verts.
Pour conclure, la Caisse des Dépôts souhaite faire prendre conscience de l’importance du développement durable. Pour cela, elle dispose d’une enveloppe importante pour investir dans des projets locaux en phase avec ses objectifs. Cependant, la Caisse des Dépôts est consciente de ses limites et interpelle sur la nécessité d’une concertation à un niveau global afin d’avoir des schémas directeurs qui puissent orienter les décisions locales.

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