CLUB DE GESTION FINANCIÈRE

Un cadre unique de réflexions et d’échanges sur les grands thèmes financiers d’actualité

« Blockchain & cryptomonnaies »

25 janvier 2018

Par Bruno Biais, Directeur de recherche au CNRS, professeur à la Toulouse School of Economics (TSE) et professeur invité émérite à HEC.

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Ce jeudi 25 janvier 2018, le petit-déjeuner était animé par Bruno Biais, sur le thème de la Blockchain et des cryptomonnaies.

« Pas de Bitcoin sans Blockchain » annonce Bruno Biais. Les termes de la conférence sont posés par ces deux mots dont la sonorité, hier encore barbare, est aujourd’hui au centre des réflexions économiques, politiques et sociales. La compréhension du fonctionnement de la Blockchain est indispensable à l’appréhension du Bitcoin et des cryptomonnaies de manière générale. Elle a pour objectif la suppression de ce qui jusqu’alors, permettait aux systèmes monétaires de remplir leur fonction : un tiers régulateur.

La Blockchain fonctionne comme un registre à disposition du public enregistrant l’ensemble des transactions. Il faut ici faire la distinction – rarement explicite dans la presse – entre Blockchain publique et privée. Lorsqu’une entreprise se lance dans la Blockchain, il s’agit d’une Blockchain privée, dans laquelle le tiers régulateur refait son apparition puisque l’entreprise est aux commandes. La Blockchain dont il est question ici est publique.

Ceux qui ont tenté de comprendre son fonctionnement ont dû s’apercevoir que les mineurs y jouaient un rôle central. Concrètement, lorsque les agents économiques s’échangent des cryptomonnaies, la transaction est envoyée au réseau. Les mineurs sont là pour rassembler les messages, vérifier que les transactions sont effectives et rattacher les empreintes de celles-ci à des blocs. S’ensuit alors une ramification de plusieurs blocs constituant l’état du registre. Mais, tandis qu’il existe plusieurs mineurs à l’œuvre, comment décider du registre de référence ? C’est précisément le processus de sélection de celui-ci qui permet la disparition du tiers de confiance. En parallèle de la récolte et de la constitution des blocs, les mineurs effectuent de manière continue la résolution d’un problème numérique assimilable à un tirage aléatoire avec remise dans une urne comportant un très grand nombre de boules noires et une seule boule blanche. Lorsqu’un mineur tire une boule blanche, il l’annonce et propose son état du registre. Celui-ci est adopté à la condition qu’il soit accepté par les autres mineurs. En cas d’accord, les mineurs rattachent leurs blocs à la ramification faisant désormais office de registre de référence, et cela de manière itérative. C’est donc un jeu de coordination, qui implique des équilibres multiples et donc plusieurs configurations de chaînes possibles. Un mineur qui voit son bloc accepté par la communauté est rémunéré … en Bitcoins ! La création monétaire est en marche. Alors que, pour la plupart, il s’agit d’un processus exclusivement informatique, c’est en fait une véritable coordination humaine dont l’analyse est possible par la théorie des jeux. Différentes stratégies sont effectivement à l’œuvre dans ce processus de sélection, avec pour objectif de maximiser la rémunération des mineurs. On comprend alors que des alliances entre mineurs peuvent prendre forme. Par exemple, pour réduire les coûts nécessaires à la réalisation des transactions.

Une fois que le fonctionnement de la Blockchain est énoncé, Bruno Biais s’est interrogé sur la faculté du Bitcoin à remplir les fonctions d’une monnaie. Pour ce faire, il se focalise sur des déterminants de la demande de monnaie. Quel est le motif de détention de Bitcoins ? Un moyen de paiement ? Bruno Biais répond que non, dans la grande majorité des cas, les Bitcoins ne sont pas utilisés pour satisfaire cette fonction. Une unité de compte voire une réserve de valeur ? Ce que Keynes appelait le motif de précaution, non plus, et les fluctuations récentes du Bitcoin suffisent à justifier ce point. Il ne reste que le motif de spéculation. C’est précisément parce que ce dernier est, pour l’instant, l’unique motif de détention de Bitcoins – et des cryptomonnaies en générale – qu’elle ne peut remplir sa fonction transactionnelle ou de réserve de valeur. C’est pour cette raison que Bruno Biais souligne que, selon lui, l’évolution des cours du Bitcoin traduit un phénomène de bulle spéculative. Sans toutefois pouvoir le prouver. En effet, pour prouver qu’il s’agit bien d’une bulle spéculative, il faudrait démontrer que son cours s’éloigne de sa valeur fondamentale de manière significative. Or, la valeur fondamentale d’une monnaie est celle de son utilisation. Ainsi, la valeur fondamentale du Bitcoin ne peut pour l’instant être déterminée.

En conclusion, plusieurs leçons sont à tirer de cet échange. Premièrement, accepter le fait que les cryptomonnaies sont un avenir monétaire possible. Celui-ci reflète l’évolution industrielle d’une part, et l’augmentation des échanges d’autre part. Les cryptomonnaies peuvent avoir une certaine utilité, notamment celle de remplacer le tiers de confiance quand celui-ci est défaillant, par exemple, dans certains pays politiquement et économiquement instables. Elles pourraient alors permettre d’assurer la continuité des échanges. Ensuite, rappelons que le fonctionnement des cryptomonnaies repose sur la coordination des agents. C’est donc avant tout un problème de sciences sociales plutôt qu’un problème technologique. Enfin, Bruno Biais a conclu sur le fait que le fonctionnement de la Blockchain n’a de contraintes que celles que la communauté s’impose.

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