ARTICLES ET ANALYSES

Oct 21, 2016

Quelles leçons d’économie tirer des nouveaux prix Nobel ?. Par Bertrand Jacquillat

Ce sont deux euro-américains, nés en Europe, l’un en Grande-Bretagne et l’autre en Finlande, et professeurs aux Etats-Unis, à Harvard pour Hart et au MIT pour Holmström, qui ont obtenu cette année le Prix Nobel d’économie. A la source de leurs travaux se trouve la recherche des contrats optimaux et des mécanismes incitatifs qu’ils structurent. Les nouveaux outils théoriques créés par Hart et Holmström permettent de mieux comprendre les contrats, et les pièges potentiels qui surgissent dans leur conception ainsi que les institutions de la vie réelle. Les nombreuses relations contractuelles dans la société incluent ceux passés entre actionnaires et cadres dirigeants d’une entreprise, entre compagnie d’assurance et propriétaires de voiture, entre une autorité publique et ses fournisseurs, entre une autorité publique et une société privée dans le cadre des contrats PPP : ce type de relations implique des conflits d’intérêt, et les contrats doivent être correctement conçus, de sorte qu’ils garantissent aux parties prenantes de prendre des décisions mutuellement bénéfiques. Ainsi, Holmström examine comment les conseils d’administration doivent structurer les contrats de travail des dirigeants de façon à dégager des incitations correctes. Les propriétaires de l’entreprise, les actionnaires cherchent à maximiser la valeur de l’entreprise, c’est-à-dire l’ensemble de ses bénéfices futurs. Mais les dirigeants peuvent avoir leur propre agenda qui ne serait pas compatible avec de tels objectifs. Pour rendre compatibles les intérêts des uns et des autres, les sociétés ont mis en place dans un premier temps des plans de stocks options puis se sont tournées vers la distribution d’actions gratuites. Ce mode de rémunération est conditionné à ce que la valeur de la société atteigne ou dépasse un certain seuil. Mais une telle réalisation n’est pas du seul ressort des dirigeants : que l’on songe à une société pétrolière dont la valeur est fortement dépendante des prix du baril, ou du cours de l’or pour une société exploitante de mines d’or. Avec un intéressement fondé sur la valeur de l’entreprise, celui-ci sera important lorsque les cours du baril de pétrole ou de l’or sont élevés et vice versa. Il faut donc bien faire attention à ne pas récompenser ni pénaliser les dirigeants en fonction de variables sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle. Une solution consiste à assoir la rémunération des dirigeants sur les efforts qu’ils fournissent dans la mesure où ceux-ci conduisent à de meilleurs résultats. Une autre manière de faire consiste à fonder les rémunérations sur les performances boursières relatives de la société à laquelle appartiennent les dirigeants par rapport à celles de sociétés comparables. Les contributions des deux prix Nobel d’Economie vont bien au-delà de la gouvernance d’entreprise et de la rémunération des dirigeants. Mais il serait judicieux que leurs recommandations sur ce sujet soient prises en compte, cela éviterait bien des déboires et des querelles inutiles. Implicite dans tous leurs travaux est l’idée qu’il est difficile de dessiner des incitations optimales dans les contrats au nouveau d’une seule entreprise. A fortiori, cela est infiniment plus compliqué à l’échelle d’un pays. La planification et la centralisation ne fait pas bon ménage avec l’efficacité économique.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 21 octobre 2016