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Juil 1, 2016

Quel stock picking ? Investir dans les entreprises emblématiques de leur pays. Par Bertrand Jacquillat

L’investisseur de style « stock picking » par excellence c’est  Warren Buffett, le sage d’Omaha, dont la performance du  portefeuille depuis près de 50 ans est de l’ordre de 15% l’an. C’est  un investisseur americano centriste qui n’a jamais investi que dans des sociétés américaines, ce qui rend ses résultats encore plus extraordinaires mais qui pourraient être magnifiés par le levier d’un univers d’investissement devenu mondial. Comment dans une telle configuration l’investisseur peut-il identifier les entreprises cibles ? Une approche consiste à privilégier les entreprises emblématiques de leurs pays, que ce soit dans leur dimension historique, culturelle, psychologique, sociale, voire organisationnelle. Si l’on considère la dimension culturelle, il y a des entités françaises de rang mondial qui sont le reflet de la culture française du bon vivre et de la beauté comme L’Oreal, LVMH, Hermès. On pourrait même s’étonner de ne pas trouver de champions français d’envergure mondiale dans certains domaines du « Bon vivre » comme les chaînes de restauration même si l’on trouve des acteurs français tout à fait remarquables, mais de taille encore modeste, dans les domaines culinaire et gastronomique : Francis Holder et sa marque Paul, et le Groupe Pasquier dans les domaines de la boulangerie et de la viennoiserie industrielles, Lactalis et Bongrain dans les fromages et produits laitiers, et des acteurs de niche comme les soupes Alain Ducasse, Joël Robuchon et Paul Bocuse dans la restauration gastronomique. Bref, les entreprises d’un pays, ou certaines d’entre elles sont d’autant plus emblématiques du pays et dotées de perspectives favorables qu’elles sont le vecteur productif de savoir-faire emblématiques des pays. La dimension psychologique a trait au caractère du peuple d’un pays et de ses élites. Pour des raisons diverses (religion, droit des sociétés, …) les Américains sont considérés comme ayant davantage le goût du risque que d’autres peuples. C’est en tous cas aux Etats-Unis que l’on trouve le plus grand vivier d’entreprises aux frontières technologiques. Malgré la mondialisation, les entreprises phares de l’économie américaine, les GAFA, sont bien considérées comme des entreprises américaines. Plus globalement, on peut effectuer un mapping même très réducteur secteur/pays pour choisir les entreprises dans lesquelles investir : aux Etats-Unis les entreprises frontières du point de vue technologique ; en Allemagne les entreprises manufacturières ; en France, les entreprises de luxe et de qualité de vie ; en Italie, les entreprises de la gastronomie et du luxe vestimentaire ; en Suisse, les entreprises de précision et bancaires ; en Inde, les entreprises informatiques et aux Philippines, les entreprises de centres d’appels. Faites votre choix, bon vent et rendez-vous dans dix ans pour apprécier les performances de votre portefeuille constitué selon cette approche.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 24 juin 2016