ARTICLES ET ANALYSES

Mar 16, 2018

Privatisations : Il est grand temps de procéder par chamboule tout. Par Bertrand Jacquillat

Sans doute l’Etat considère-t-il aujourd’hui qu’il n’est pas compétent pour gérer une entreprise de chemins de fer, surtout au vu des résultats et des difficultés de celle-ci, ou qu’il n’est pas de son ressort de produire de l’électricité, dont l’entreprise publique qui en avait le monopole ne cesse de perdre des parts de marché. Les entreprises emblématiques de ces deux secteurs seront rendues un jour au secteur privé, mais ce n’est pas par là qu’il faut adresser le vaste chantier des privatisations. Selon la Cour des Comptes, l’Etat est actionnaire exclusif, principal ou partiel dans 1750 entreprises avec certaines participations qui sont très importantes et dont la cession pourrait contribuer à désendetter l’Etat à hauteur d’environ 100 milliards €. Déjà en septembre 2017, l’Etat a cédé 4.5% du capital d’Engie ce qui lui a rapporté 1,53 Mds€, et il envisage aujourd’hui de se désengager d’Aéroports de Paris et de la Française des Jeux. Sous le gouvernement de François Hollande, l’Etat avait cédé 13.7% du capital de Safran, 3.65% d’EADS, 9.5% déjà d’ADP et des participations dans des aéroports de province. Lionel Jospin avait cédé 49% de France Telecom. Il n’y a que sous le mandat de Nicolas Sarkozy que l’Etat ne procéda pratiquement à aucune privatisation, la crise financière et économique n’ayant pas offert beaucoup d’opportunités. Toutes ces privatisations totales ou partielles se sont passées sans difficulté majeure. Il n’y a aucune raison d’aborder avec crainte le vaste chantier des privatisations, et il est ridicule d’employer le terme flou de « cession d’actifs », nouvelle doxa témoignant d’une véritable addiction à la propriété publique. Il ne faut pas avoir honte et se cacher derrière les mots, ni justifier les privatisations par un emploi hasardeux des recettes qu’elles procureront en promettant des marges de manœuvre pour financer l’innovation. Il ne faut pas avoir honte ni avancer de façon masquée. L’Etat a suffisamment montré son incapacité et ses résultats ont prouvé que l’Etat stratège n’était qu’un oxymore. Mais la haute administration et Bercy aiment beaucoup les entreprises contrôlées par l’Etat car elles offrent des sinécures très recherchées où l’on est beaucoup mieux rémunéré que dans le service public. Mais l’Etat ne peut être acteur et contrôleur à la fois, exercer tous les métiers et y réussir, n’investir que très peu et tous azimuts car il n’en a pas les moyens, et qu’il est au cœur de multiples et permanents conflits d’objectifs et d’intérêt. Les entreprises publiques qui ont été privatisées de par le monde, en Europe (Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Suède, Italie, Espagne, Portugal), en Amérique du Nord, en Afrique et en Asie ont connu une croissance importante et la littérature académique conclut de manière unanime depuis plusieurs décennies, et quels que soient les pays, à une augmentation très significative des performances économiques et financières à la suite des privatisations. Il est plus que temps d’entreprendre de front et sans fausse pudeur un vaste programme de privatisations, un programme chamboule tout autrement plus important pour la productivité de l’économie française que la réécriture des articles du Code Civil définissant le rôle de l’entreprise.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 16 mars 2018