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Juil 22, 2016

Paris, grande place financière européenne ?. Par Bertrand Jacquillat

Les rencontres annuelles de Paris Europlace se sont déroulées dans une ambiance optimiste à la suite du Brexit. Derrière les regrets sincères exprimés par les acteurs du monde industriel et financier européen, le Brexit suscite aussi l’espoir de récupérer une partie des activités financières de Londres sur le continent, en même temps que montent les craintes de l’autre côté de la Manche que la City of London ne se rétrécisse. Le Ministre des Finances, Michel Sapin, comme la Présidente de la Région Paris Ile de France, Valérie Pécresse, ont mêlé leurs voix à celles du Président de la République, qui tout d’un coup est devenu amoureux de la Finance, en ne ménageant pas leurs efforts pour que les entreprises financières installées à Londres rapatrient une partie de leurs opérations et leurs activités à Paris. Il est presque probable que certaines entreprises quitteront la City of London avec leurs emplois. Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley font partie des institutions financières qui envisagent sérieusement cette option. Il est cependant probable que Londres qui disputait récemment à New York le titre de champion mondial des places financières, ne se fera pas facilement détrôner de son titre de principal centre financier européen, du fait qu’elle a accumulé au fil des ans de solides avantages compétitifs : la qualité des personnels hautement qualifiés qu’elle emploie dans les institutions financières, dont beaucoup ont été formés en France, la stabilité de la règle de droit, la qualité du système judiciaire et des infrastructures para financières exceptionnelles. Quelques statistiques attestent de cette prééminence : la taille des actifs bancaires au quatrième rang mondial, après la Chine, les Etats-Unis et le Japon ; premier centre mondial pour les opérations interbancaires, 40% des 250 premières entreprises mondiales ont leur siège social à Londres, contre seulement 8% à Paris. La Banque Mondiale classe au sixième rang le Royaume Uni pour la facilité à faire des affaires, etc. Et la City of London est innovante, si l’on en juge par le développement dans un passé très récent de la finance islamique et de la Fintech. Ses concurrents au niveau européen que sont Paris, Francfort, Dublin ou Luxembourg ne manquent pas d’atouts et notamment Paris, siège de quatre des dix plus grandes banques européennes, d’Euronext, avec de bonnes infrastructures en matière de transport et d’éducation et culturellement très riche. Mais Paris pêche par son environnement juridique, fiscal et politique. Et Londres devrait garder sa première place tant qu’elle aura accès au marché unique et qu’elle pourra continuer à bénéficier du passeport européen. Ces questions seront au centre des négociations à venir entre le Royaume Uni et les autorités européennes.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 15 juillet 2016