ARTICLES ET ANALYSES

Mai 18, 2018

Où vont les prix du pétrole ?. Par Bertrand Jacquillat

Avec les taux de change, le baril de pétrole représente l’actif réel et financier dont il est le plus difficile de prévoir l’évolution de son prix. Celui-ci a dépassé les 75 $ la semaine dernière pour la première fois depuis quatre ans, après avoir dépassé les 60$ en fin 2017. Son ascension continue depuis février n’a pas empêché le rebond du marché des actions, même si l’on constate généralement une corrélation négative entre les prix du pétrole et les cours des actions. Malgré la difficulté de prévoir l’évolution du prix du baril pour le reste de l’année 2018, il n’est pas interdit de dresser la liste des facteurs susceptibles d’affecter la direction qu’il pourrait prendre. Il y a bien entendu l’état de l’offre et de la demande. La progression du prix du brut depuis dix-huit mois résulte de la réduction importante des stocks accumulés pendant la période 2014-2016. Le déstockage s’explique par la santé de l’économie mondiale et les limites de production que se sont imposées les pays de l’OPEP et la Russie. D’aucuns estiment que le marché est très tendu dans la mesure où le niveau de la demande devrait pour la première fois cette année atteindre les 100 millions de barils/jour. Ce qui aurait pour effet notamment la reconstitution des stocks de produits raffinés à un niveau plus élevé que précédemment. Même si l’Agence Internationale de l’Energie a déclaré récemment que l’OPEP pourrait se féliciter d’avoir accompli sa mission, les experts estiment que l’OPEP comme la Russie continueront à restreindre leur production, même une fois les stocks reconstitués. Et comme l’a montré l’histoire récente, l’augmentation de la production américaine de pétrole de schiste de 1.4 millions barils/jour, soit environ 10% de la production, ne suffira pas à inverser la tendance. Restent les facteurs financiers avec l’activité des hedge funds et les considérations géopolitiques qui ont une importance indéniable dans ce secteur d’activité. Les Hedge Funds ont constitué des positions spéculatives à l’achat importantes, ce qui traditionnellement représente un risque à l’occasion de leur dénouement. Cela ne s’est pas encore produit sans doute du fait que les cours spot se trouvent au-dessus des cours à terme, ce qui permet aux spéculateurs de gagner sur la reconduction de mois en mois de leurs positions d’acheteur à terme. Il y a en fin de compte les risques géopolitiques. Même si l’on a écrit dans notre précédente chronique que leurs effets sur les actions étaient très souvent exagérés, ce n’est sans doute pas le cas pour le prix du baril de pétrole, du fait qu’un déséquilibre même temporaire entre l’offre et la demande sur un marché déjà tendu, comme c’est le cas actuellement, peut avoir un effet important sur les prix. D’ailleurs la hausse de plus de 10$ du prix du baril depuis février 2018 peut être en partie attribuée à la crise politique et à l’effondrement de l’économie du Venezuela, qui a entrainé une chute historique de sa production pétrolière. Outre le Venezuela dont la chute de la production pourrait durer, d’autant que les Etats-Unis pourraient imposer des sanctions supplémentaires au régime du Président Maduro après les élections de ce mois, il y a beaucoup d’autres risques géopolitiques : la sortie possible de l’accord nucléaire iranien des Etats-Unis qui imposeraient des sanctions à l’exportation du pétrole iranien. Sans compter les tentatives des rebelles Houthis au Yémen qui, alliés à l’Iran, essaient de détruire des infrastructures pétrolières en Arabie Saoudite. En définitive la reconstitution ds stocks et la maitrise de la production dans un environnement économique qui reste globalement favorable constituent un facteur de soutien des prix du baril, ce qui ne devrait pas pour autant impacter les niveaux de valorisation des actions.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 18 mai 2018