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Mar 31, 2017

Où va le prix de l’or ? Trois conclusions contradictoires. Par Bertrand Jacquillat

Le plus souvent envisagé dans des situations exceptionnelles, l’or a toujours constitué un actif à part dans la panoplie des véhicules d’investissement. Il est difficile à évaluer et à modéliser car son prix est influencé par de nombreux facteurs dont le poids relatif varie au cours du temps, contrairement à une société dont l’évaluation peut s’appuyer sur des fondamentaux comme les perspectives de ses marchés, de son chiffre d’affaires, de la concurrence, de ses marges, de ses investissements, de son endettement, de ses dividendes, etc. On ne dispose de rien de tout cela avec l’or, dont la demande est à la fois industrielle et spéculative. De telle sorte que les désaccords sur son prix peuvent être profonds, comme le souligne sa valorisation selon trois motifs de sa détention : une protection contre l’inflation, une protection contre le risque géopolitique, et la recherche d’un instrument de diversification de portefeuille. Comme outil de protection contre l’inflation, le prix de l’or par rapport à l’inflation a été très instable depuis le début des années 1970 et la fin de la convertibilité du dollar en or. Le ratio du cours de l’or à l’indice des prix à la consommation américains a fluctué dans un tunnel aux bornes très larges, 1.5 en 2000 et 8.7 dans les années 1980, pour une valeur historique moyenne de 3.5. Actuellement ce ratio est de 5, c’est-à-dire que l’or à 1250$ l’once serait surévalué de près de 50% par rapport à sa valeur de protection contre l’inflation, de l’ordre de 850$. Si l’or comme outil de protection contre le risque géopolitique relève du bon sens, cette intuition semble difficile à justifier sans disposer d’une mesure du risque géopolitique. C’est chose faite aujourd’hui depuis que trois économistes américains ont réussi à construire des indices d’incertitude géopolitique (Economic Policy Uncertainty ou EPU) auxquels le prix de l’or serait corrélé. De ce point de vue, et compte tenu que ces indices sont aujourd’hui au plus haut, le prix de l’or serait inférieur de 35% à son plus haut historique de 1925$ l’once. Dernier motif de détention de l’or, sa contribution à la diversification de portefeuille du fait que l’évolution de son prix présente une corrélation faible avec l’évolution du prix des autres actifs financiers, en d’autres termes, son prix varie souvent à contre-courant de celui des autres actifs. Certes, mais cette relation a été mise à mal au cours des deux décennies précédentes. Pendant les périodes où les marchés financiers ont connu leurs plus mauvaises performances, celles de l’or étaient également réparties entre territoires positifs et négatifs. Malgré ces résultats contradictoires et si l’on est convaincu de l’intérêt d’investir aujourd’hui dans l’or, à cause des risques géopolitiques, du retour de l’inflation ou du niveau historiquement élevé de la bourse américaine, l’investisseur dispose aujourd’hui de nombreux ETF pour ce faire.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 24 mars 2017