ARTICLES ET ANALYSES

Mar 25, 2016

Mario Draghi tire ses dernières cartouches avant que les réformes de structure ne prennent le relais. Par Bertrand Jacquillat

C’est d’une très grande témérité dont a fait preuve Mario Draghi avec ses annonces du jeudi 10 mars. Après une valse d’hésitation, les marchés ont salué cette batterie de mesures qui allait au-delà de leurs attentes. Avec le principal taux directeur ramené à 0%, les banques pourront donc emprunter gratuitement auprès de la Banque Centrale Européenne, et le taux de dépôt des banques auprès de celle-ci est encore abaissé, à – 0.40%. Ces deux mesures sont clairement destinées à inciter les banques à augmenter leur crédits auprès de leurs clients, ménages et entreprises, et à des conditions extrêmement avantageuses. Mieux, si elles ont augmenté leurs volumes de prêts de façon significative, les banques pourront emprunter auprès de la BCE encore moins cher, dans la limite de leur taux de dépôt, c’est-à-dire à – 0.4%. C’est bien la première fois que la Banque Centrale paie les banques pour qu’elles prêtent à l’économie ! Par ailleurs, l’enveloppe mensuelle maximale consacrée par la BCE à son programme de rachat d’actifs est portée de 60 Mds€ à 80 Mds€, en élargissant la palette des actifs exigibles, notamment aux obligations d’entreprises bien notées, et ces mesures sont appelées à durer, au-delà de mars 2017 si nécessaire. Mais ce volontarisme monétaire signe aussi en creux l’échec de tout ce que la BCE a tenté depuis qu’elle a mis en œuvre son programme de Quantitative Easing. Sur les douze derniers mois à février dernier, les prix à la consommation ont baissé de 0.2%. Si l’on exclut les prix de l’énergie, l’indice d’inflation n’a augmenté que de 0.7% sur la période, bien en deça des 2% que la BCE cherche désespérément à atteindre, et dont c’est le principal objectif de sa politique monétaire. Le chômage a certes continué à baisser dans la zone euro, sauf en France, à 10.3%. Mais la production industrielle a baissé en décembre/janvier en France, en Allemagne et en Italie, et l’investissement augmente de manière anémique par rapport aux sorties de crise précédentes. Quant à l’indice de confiance des ménages et des entreprises calculé par la Commission de Bruxelles, lequel constitue un bon indicateur de la croissance, il a baissé de son récent plus haut de 106.7 atteint en décembre dernier à 103.8 en février. Mario Draghi, qui avait acquis la réputation de magicien à la suite de ses déclarations de juillet 2012 à Londres avec son fameux « Whatever it takes », a jeté toutes les cartouches qui lui restaient dans son carcan de politique monétaire. Si celles-ci n’ont pas l’effet escompté, il sera encore temps pour les politiques de suivre le conseil que celui-ci ne cesse de leur prodiguer d’engager les réformes de structure. Le choc de telles annonces provoquerait des effets encore plus immédiats, plus profonds et plus durables que les dernières annonces de politique monétaire.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 25 mars 2016