ARTICLES ET ANALYSES

Jan 20, 2017

Mais où sont passées les grandes entreprises qui ont quitté la bourse ?. Par Bertrand Jacquillat

Notre chronique de la semaine dernière évoquait la diminution du nombre des entreprises cotées aux Etats-Unis. Alors qu’elles étaient encore plus de 9000 en 1997, elles ne sont plus qu’environ 6000 aujourd’hui, comme en 1982. Mais où sont donc passées les entreprises qui ont quitté la bourse ? Comment se sont développées celles qui n’y sont pas allées ? Comment les entreprises américaines se sont-elles financées dans une période où le tissu économique américain a continué à se développer ? Il ne s’agit pas exactement de vases communicants mais la coïncidence n’en demeure pas moins frappante entre le reflux du nombre d’entreprises cotées et le développement des sociétés de Private Equity aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde d’ailleurs mais dans une moindre mesure. Les sociétés de Private Equity sont des sociétés de gestion qui gèrent des fonds d’investissement lesquels investissent dans des sociétés non cotées ou qu’elles retirent de la cote, selon un écosystème particulier. Ces fonds d’investissement sont alimentés par de riches particuliers, des fondations, des fonds de pension publics et privés, des endowment funds d’universités, des fonds souverains etc. qui ont incontestablement de l’influence, ce qui constitue en soi une protection pour leurs activités. Selon Preqin, une société d’étude et recherche londonienne, il y avait seulement 24 sociétés de gestion de Private Equity dans le monde en 1980. Elles étaient 6628 en 2015 dont 620 créées cette année-là. Cette progression est d’autant plus remarquable que le nombre d’organisations exerçant d’autres activités financières a diminué. Le nombre de banques a connu son effectif maximum en 1984, en 2001 pour les fonds mutuels et autres SICAV, et 2015 pour les hedge funds. Et le Private Equity a détrôné la banque d’affaires comme organisation la plus convoitée par les diplômés des universités. Les raisons de cet engouement ont été rappelées dans un récent document de recherche émanant de la Harvard Business School, de Gompers, Kaplan et Mukharlyamov « What Do Private Equity firms say they do ? : l’important financement par endettement au lieu et place de capitaux propres, ce qui réduit la facture fiscale et joue comme levier de rentabilité, des structures de rémunération très incitatives pour les dirigeants des sociétés, à la fois des fonds et des entreprises qu’elles détiennent, l’apport de nouvelles expertises, la rapidité d’exécution. Il n’est pas écrit d’avance que ce succès perdure. D’abord parce que du fait même de leur succès, les performances des fonds de Private Equity ne sont plus ce qu’elles étaient, et cela s’en ressent sur les rémunérations en baisse de l’écosystème dans son ensemble. Ensuite ces performances profitent à des happy few, certes puissants, mais très minoritaires par rapport à la population des investisseurs sur les marchés financiers, auxquels échappe la crème des performances financières des entreprises. D’autant que la cotation présente aussi des avantages à la fois pour les entreprises et les investisseurs, sauf que les contraintes, internes et externes, qui pèsent sur les sociétés cotées ne plaident pas en faveur de leur cotation sur des marchés financiers perçus comme trop réglementés ; pour l’instant…

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 20 janvier 2017