ARTICLES ET ANALYSES

Avr 8, 2016

Les stratégies de sortie du laxisme monétaire américain Dans une économie mondialisée, elles sont de plus en plus difficiles à mettre en œuvre. Par Bertrand Jacquillat

La période d’embargo étant passée, les Archives Nationales américaines ont diffusé les documents relatifs à la crise financière de 2008. Ceux-ci dévoilent les commentaires de certains acteurs clés de cette période et soulignent en creux les difficultés auxquelles se trouve confrontée la FED américaine et Janet Yellen quant à la politique monétaire à suivre dans les mois à venir. Ces commentaires émanent de personnalités financières américaines de premier plan telles qu’Alan Greenspan, alors Président de la FED, du célèbre investisseur Warren Buffett ou encore de Lloyd Blankfein, le toujours Président de Goldman Sachs. On sait qu’un certain nombre de grandes banques ont connu des difficultés, voire ont disparu comme Lehman Brothers, parce que leur levier financier, c’est-à-dire le ratio de leurs actifs à leurs fonds propres, était trop élevé. De manière surprenante, Lloyd Blankfein, dans une interview de juin 2010, annonce qu’il n’avait pris conscience que récemment de l’importance de cette métrique pour apprécier le risque bancaire. C’est Alan Greenspan qui avoue que les gouverneurs de la FED ne sont pas meilleurs prévisionnistes que tout un chacun. A la question qui lui était posée « Aurions-nous pu faire mieux ? », il répond « Assurément, si nous avions pu mieux prévoir. Mais c’est impossible » ajoute-t-il. Quant à Warren Buffett, cet investisseur à la réputation d’invincibilité, il assure n’avoir pas vu venir la crise immobilière des subprimes, pas plus que tous les autres responsables de l’époque qui partageaient la même intime conviction que les prix de l’immobilier ne pouvaient que monter ! On se rend ainsi compte de la difficulté de la tâche de Janet Yellen, l’actuelle Présidente de la FED, quant aux décisions de politique monétaire qu’elle doit prendre en 2016. Elle a été critiquée pour avoir augmenté les taux d’intervention de la FED en décembre 2015, et déjà ses dirigeants ont laissé entendre que le nombre des augmentations d’un quart de point de ses taux d’intervention en 2016 serait réduit de moitié. Il y a de bonnes raisons pour expliquer cette prudence, comme la difficulté à prévoir l’évolution des taux d’inflation, de chômage, d’emploi, et de change. Mais la raison essentielle en est le sentiment que le statut de l’économie américaine est en train de changer, d’une économie dominante en économie fermée à une économie importante en économie ouverte. Même si le mandat de la FED est de se préoccuper exclusivement des Etats-Unis, ses décisions de politique monétaire de décembre ont eu des répercussions négatives sur nombre de pays émergents, qui lui sont revenues comme un boomerang. Autrement dit, les stratégies de sortie du laxisme monétaire de la FED seront compliquées à mettre en œuvre dans une économie mondialisée où les interconnexions rendent les réactions de celle-ci de plus en plus difficiles à prévoir.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 8 avril 2016