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Avr 21, 2017

Les marchés au plus haut : les esprits animaux à l’œuvre ?. Par Bertrand Jacquillat

Les marchés sont au plus haut ou presque. A 20636 le Dow Jones est à moins de 3% de son plus haut historique, et à 5024 le CAC 40 de son récent plus haut, mais encore plus de 30% en deçà de ses plus hauts historiques atteints en 2000 puis à nouveau en 2007. Il n’y a pas de sujet de discussion quant à la cherté du marché américain, quelles que soient les références utilisées, la comparaison historique avec lui-même ou les autres marchés boursiers, et les méthodes employées, le CAPE de Shiller, le forward PE, ou encore le ratio de capitalisation boursière aux fonds propres. Au niveau de valorisation qu’a atteint aujourd’hui le marché américain, sa capitalisation boursière représente plus de 53% de la capitalisation boursière mondiale. Une proportion approchée par le marché japonais au début des années 1980 ! On connaît la suite…, mais comparaison ne vaut pas raison. En effet, les niveaux de valorisation extrêmes sont des indicateurs très insuffisants pour aider l’investisseur à se situer dans le cycle boursier, comme l’ont montré Dimson, Marsh et Staunton dans l’édition 2013 de leur étude annuelle pour le Crédit Suisse. Même si force est de constater que les actions américaines se situent actuellement dans leur décile de valorisation le plus élevé, autrement dit, elles sont plus chères qu’elles ne l’ont jamais été historiquement dans 90% des cas, ou quand on constate qu’à ces niveaux de valorisation, les actions américaines ont eu une performance annuelle de seulement 0.2% chacune les cinq années ayant suivi une telle observation. Ces faits avérés n’empêchent pas de nombreux investisseurs professionnels de continuer à recommander l’achat d’actions américaines. Ne serait-ce que parce qu’être absent du marché américain présente un trop grand risque d’opportunité manquée. Ensuite parce que l’environnement financier actuel est particulier, notamment compte tenu du faible niveau d’inflation et des taux d’intérêt à 10 ans encore inférieurs à 2%. Certes les taux d’intérêt ne peuvent que remonter et des taux d’intérêt élevés ne font pas bon ménage avec les actions dans la mesure où ils gonflent les frais financiers des sociétés et réduisent les multiples de profits que les investisseurs acceptent de payer. Sauf dans les niveaux où ils se situent actuellement. Par le passé, les performances des actions ont été positivement corrélées à des taux d’intérêt en hausse, jusqu’à un certain seuil, de 3.9% précisément. On en est encore loin. Et puis dernier argument des optimistes, les « esprits animaux » chers à Keynes, et avec eux le sentiment de confiance accrue qui règne auprès des investisseurs et des entreprises, semblent être de retour. Ces considérations sont peut-être pertinentes à court terme. Il n’empêche qu’à un horizon de 10 ans, qui est celui que devaient avoir les investisseurs, et pour lequel les niveaux de valorisation sont un puissant prédicteur des performances futures, les marchés européens, japonais et certains émergents semblent plus attractifs que le marché américain.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 21 avril 2017