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Jan 16, 2017

Les introductions en bourse marquent le pas, et pour cause…. Par Bertrand Jacquillat

La raréfaction des introductions en bourse est un phénomène qui affecte toutes les bourses depuis une dizaine d’années. Ceci a pour conséquence un appauvrissement de la cote boursière avec une diminution du tiers du nombre d’entreprises cotées aux Etats-Unis, plus de 3000 depuis 1997, elles étaient plus de 9000 à être cotées à l’époque. De fait, le nombre d’entreprises cotées sur les bourses américaines est le même qu’en 1982, date à laquelle la taille de l’économie américaine était moitié moindre que celle d’aujourd’hui. L’écosystème boursier n’a pas souffert autant que ces chiffres le laisseraient penser puisque la taille boursière des entreprises cotées a fortement augmenté sous l’effet notamment des fusions de sorte que les volumes de transactions en dollars, sur lesquels sont indexés les revenus de l’écosystème boursier, ont légèrement augmenté. Ce phénomène est tout de même inquiétant pour l’avenir de celui-ci. Seulement 111 sociétés se sont introduites sur les bourses américaines en 2016, chiffre inférieur à la moyenne de 200 depuis 2009, lequel était déjà lui-même très inférieur à celui de la première décennie de ce siècle. Depuis la crise financière, le marché boursier américain s’est fait doubler par le secteur du Private Equity, qui s’arroge la crème des nouvelles entreprises à la recherche de fonds propres, le marché boursier traditionnel devenant le financeur « de dernier ressort ». Plusieurs raisons à cela, tant du côté de la demande, les investisseurs, que de l’offre, les entreprises à la recherche de financement. Du côté des investisseurs, la masse d’argent disponible dans les fonds d’investissement, et notamment les fonds souverains, est pléthorique. Et les taux d’intérêt, si bas depuis la crise, facilitent les opérations de financement hors marché boursier. Ainsi prospèrent hors bourse des dizaines de licornes (sociétés dont la valeur estimée est supérieure à 1 milliard$) et aussi quelques « decacornes ». Du côté de l’offre, les dirigeants de ces entreprises ne trouvent pas le marché boursier très attractif. La réglementation des marchés n’a fait qu’enfler depuis la crise, entrainant la hausse des coûts liés à la cotation, ce qui décourage les entrepreneurs. Cette augmentation a porté notamment sur la transparence des informations que les sociétés cotées doivent communiquer au marché. Ceci peut mettre en danger leur propre stratégie vis-à-vis de leur concurrents, surtout avec les technologiques disruptives qu’elles mettent en œuvre. La communication de ces entreprises avec leurs employés, marquée par la confidentialité, est beaucoup plus riche que lorsqu’elles sont cotées, de qui rend la fidélisation de ceux-ci plus facile, d’autant que des systèmes internes de valorisation permettent de créer un marché interne du titre, rendu ainsi liquide pour les employés, à la manière d’Auchan en France. Evidemment, le financement par le biais du Private Equity, et notamment les LBO, c’est-à-dire le rachat d’entreprises par endettement, n’est pas sans danger comme le montre dans le cas français la situation actuelle de Vivarte. Et attention à la remontée des taux d’intérêt qui pourrait fragiliser des entreprises dans certains secteurs du Private Equity.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 13 janvier 2017