ARTICLES ET ANALYSES

Sep 22, 2017

Les ETF ne vont pas détruire le capitalisme mais…. .Par Bertrand Jacquillat

Le système financier a connu un surcroît de réglementation depuis la grande crise économique et financière d’il y a dix ans que d’aucuns estiment excessif. Il y a plusieurs parades possibles pour l’éviter ou le contourner. L’une, très en cours aux Etats-Unis depuis l’élection de Donald Trump, est de faire donner les lobbies pour revenir peu ou prou au statut quo ante. Ainsi en va-t-il des coups de butoir donnés actuellement au Dodd Franck Act, document de près de 1000 pages, pour en faire sauter les verrous trop contraignants. L’autre parade consiste à contourner l’obstacle, ce qui correspond dans le domaine de la finance, au développement d’un Shadow Financial System, un système financier parallèle au système financier officiel. C’est la voie suivie par l’économie chinoise pour surmonter les freins mis par le système financier officiel au développement du crédit. Dans les pays occidentaux, un acteur essentiel du Shadow Financial System est représenté par les ETF (Exchange Traded Funds) et autres formes de gestion passive qui dament le pion à la gestion traditionnelle, et dont nous avons déjà mentionné dans cette rubrique les développements remarquables depuis 40 ans dus aux insuffisances de la gestion active « For all their expertise, they can’t even beat the S&P’500 index » titrait déjà l’article en couverture de Business Week en 1985. Et la situation n’a fait qu’empirer depuis, les gestions actives ayant la plus grande difficulté à battre leurs indices de référence, d’où le triomphe de la gestion indicielle qui se manifeste au travers des produits ETF dont on estime qu’ils recouvrent près de 5000 Mds$ sous gestion dans le monde. Un ETF est un fonds coté en bourse comme n’importe quelle action et qui recouvre un panier d’actions très diversifié censé suivre exactement les fluctuations des titres qui le composent. Les frais d’une telle gestion encourus par le client final sont très faibles, beaucoup plus faibles que ceux d’une gestion active et ne cessent de baisser avec la consolidation des sociétés de gestion dans une industrie très technologique d’économies d’échelle. Les deux plus importants promoteurs d’une telle gestion sont américains, Blackrock et Vanguard, qui contrôlent près de 50% de la gestion globale des ETF. Et c’est cette concentration qui fait peur à certains pour des raisons diverses. L’une est la crainte de voir disparaître une des conditions d’exercice et de survie du capitalisme. Les ETF qui détiennent les titres des sociétés dans lesquelles ils ont investi n’ont aucune incitation à exercer un quelconque contrôle, comme le voudrait leur condition d’actionnaires, sur les sociétés dans lesquelles ils sont investis et pour lesquelles ils agissent en passager clandestin. La généralisation des ETF sonnerait le glas d’une des finalités des marchés financiers, l’évaluation des entreprises cotées, la fin de leur efficience et la mise à mal du capitalisme. D’autres expriment des craintes quant au risque systémique que représentent les ETF dont les porteurs, en cas de panique boursière, pourraient vouloir vendre leurs titres en masse, provoquant une baisse massive de leurs cours, et par réaction, celle de toutes les sociétés cotées appartenant aux indices, prélude à un krach boursier retentissant. Mais le capitalisme en a vu d’autres, et on peut faire confiance aux forces de rappel : trop de gestion passive est un excellent ferment sur lequel la gestion active peut à nouveau prospérer.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 22 septembre 2017