ARTICLES ET ANALYSES

Déc 22, 2017

Le CAC 40 depuis 30 ans : aurait pu mieux faire !. Par Bertrand Jacquillat

Le CAC 40 a 30 ans. Diffusé à partir du 15 juin 1988 avec un niveau de référence de 1000 points au 31 décembre 1987, il s’établit au 15 décembre 2017 à 5349,30 points, soit une performance annuelle de 5.8%. En réalité, celle-ci est nettement plus élevée, si l’on rajoute, ce qui est logique, le rendement moyen annuel en dividendes. Dès lors la performance annuelle d’un placement en actions françaises est supérieure à 10% l’an ce qui en fait le meilleur des placements sur la période, au-dessus du logement (8.8%), des SCPI (6.2%), de l’assurance-vie en euros (5.8%), des obligations (3.3%), du livret A (3.2%) etc. Cette supériorité du placement actions se retrouve dans à peu près tous les pays et sur toutes les périodes (ou presque) si on les choisit suffisamment longues. Car même circonscrit à des sociétés aussi établies que celles qui figurent dans cet indice mondialement connu, le placement boursier n’est pas un long fleuve tranquille. Après un début en fanfare avec une hausse historique de l’indice CAC 40 de 57.39% en 1988, et sa poursuite en 1989 (27,14%), l’indice CAC avait doublé à la suite de ses deux premières années d’existence correspondant aux deux premières années de la seconde présidence Mitterrand. La bourse serait-elle donc l’endroit où l’on s’enrichit en dormant, comme l’avait affirmé ce dernier ? En tout cas, pas toujours: après avoir frôlé 7000 points en septembre 2000, l’indice CAC 40 amorce une première descente aux enfers avec l’éclatement de la bulle internet, à près de 2600 points en octobre 2002. Après être à nouveau parti à la conquête des 7000 points en juin 2007, il chute de moitié à fin 2008. Cette évolution des niveaux d’indice rappelle plutôt le profil des montagnes russes et traduit le fait que le placement en actions, certes le plus rentable en règle générale, est aussi le plus risqué par sa volatilité, même si celle-ci est devenue récemment anémique. Certes tout à fait honorables, les performances du CAC 40, 435% sur trente ans, ne sont pas extraordinaires, et nettement inférieures à celles d’indices étrangers : 1185% pour l’indice Dow Jones et 1110% pour l’indice MSCI des marchés émergents. Il faut dire qu’à l’instar des « Malgré nous », ces Français enrôlés de force dans l’armée allemande pendant la 2ème guerre mondiale, les succès boursiers des sociétés françaises ont été obtenus en dépit d’un environnement économique et culturel national plutôt hostile à l’actionnaire. Sans remonter à la fameuse apostrophe du premier Président de la IVème République, Vincent Auriol « La bourse je la ferme et les boursiers je les enferme », ni même à celle d’Edith Cresson, Premier Ministre en 1984 « La Bourse j’en ai rien à cirer », les emportements des Présidents ultérieurs Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy contre la Bourse et la spéculation se sont traduits dans les faits par la folle inflation de la fiscalité appliquée aux actions. A l’exception de la création du PEA en 1992 et l’instauration d’un prélèvement forfaitaire unique à partir de 2018, les réformes qui ont accompagné la vie de l’indice CAC 40 ont été pratiquement toutes orientées dans le même sens, celui d’une taxation accrue de l’actionnaire. Malgré ses performances passées quelque peu bridées, leur simple prolongement suggère que dans trente ans, le CAC 40 devrait valoir plus de 25000 points…ou plus si l’on cesse de faire de l’actionnaire le mal aimé des acteurs de l’économie.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 22 décembre 2017