ARTICLES ET ANALYSES

Avr 15, 2016

Le bêta intelligent. Des stratégies d’investissement qui ont du plomb dans l’aile. Par Bertrand Jacquillat

Non, ce n’est pas un oxymore, mais une stratégie d’investissement passive, très en vogue notamment aux Etats-Unis, même si elle a du plomb dans l’aile. Derrière cette dénomination absconse se cache une stratégie d’investissement consistant à répliquer un indice tout en cherchant à obtenir une performance supérieure, quitte à ce que celui-ci soit lui-même un indice construit à partir de règles simples. Une stratégie bêta intelligent a donc les avantages d’une stratégie passive donc low cost tout en procurant une surperformance liée à une gestion active. Bref, le meilleur des mondes ! La plupart des stratégies « bêta intelligent » s’appuient sur des anomalies mises en évidence dans les travaux académiques d’économie financière des années 1990/2000. Ainsi en va- t-il des stratégies « value » qui consistent à privilégier des actions peu chères qui surperformeraientt les actions chères, des stratégies « momentum » consistant à privilégier les actions qui ont déjà monté dans l’attente que leur tendance haussière perdure, ou encore des stratégies de volatilité faible, qui en règle générale surperforment les autres. D’autres stratégies bêta intelligent consistent à privilégier une indexation des portefeuilles dans des titres non pas en fonction de leur capitalisation boursière relative, mais selon par exemple le critère de leur chiffre d’affaires ou des dividendes versés. Evidemment tout ceci n’est pas sans risque car l’arbitrage est là pour corriger les anomalies souvent avant même qu’elles ne puissent être mises à profit : c’est ainsi que les stratégies suggérées par les critères d’évaluation value de Fama, Prix Nobel d’Economie, n’ont pas surmonté le test des vérifications de leur bien-fondé après 1992, c’est-à-dire que ce qui « marchait » avant la publication de ses travaux ne fonctionnait plus après, au contraire, les performances étaient réduites de plus de 50%. Et ceci est parfaitement conforme à l’efficience des marchés et à l’arbitrage. Une fois que vous êtes convaincu que les actions peu chères surperforment, la tendance logique est d’en acheter. Mais si suffisamment d’investisseurs agissent de la sorte, leurs prix augmentent jusqu’à ce qu’elles ne surperforment plus. Lorsque l’on identifie un « facteur » mal évalué, celui-ci est déjà cher, et il est souvent trop tard pour en profiter. Au contraire, il faut se méfier des back tests trop concluants, du fait que le facteur testé sera devenu trop cher pour en profiter. Paradoxalement mieux vaut dans ces cas-là être contrarian ! Attention, les stratégies de bêta intelligent peuvent donner de bons résultats mais elles ne sont pas sans risque. Il convient de se méfier d’un marketing plus illusoire que n’est intelligent le bêta qu’il vante !

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economist » du 15 avril 2016