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Déc 16, 2016

La France à contre-courant… Pour le meilleur. Par Bertrand Jacquillat

Alors que les élections récentes dans plusieurs pays occidentaux portent au pouvoir des dirigeants populistes et méfiants vis-à-vis de l’économie de marché, la France semble vouloir prendre un chemin inverse à la suite de la victoire de François Fillon aux primaires de la Droite et du Centre. Comme la politique économique de Mitterrand des années 1980 avait pris une direction totalement opposée à celle des Etats-Unis et du mouvement de dérégulation de Ronald Reagan, et de la Grande-Bretagne avec les privatisations de Margaret Thatcher. Certes, dans le domaine des privatisations, les gouvernements successifs Chirac Balladur de 1986-1987, Balladur de 1993-1995, Jospin de 1997-2002, de Raffarin Villepin de 2002-2007 avaient entrepris des programmes de privatisations significatifs. Mais il reste encore beaucoup à faire. L’Etat détient un grand nombre de participations logées au sein de l’APE ou de BPI France dans des entreprises du secteur industriel et commercial concurrentiel. Si la France renouait avec les privatisations, elle se trouverait à contre-courant de deux grands pays et marchés financiers asiatiques, le Japon et la Chine. Ces deux marchés ont un nouvel investisseur devenu très puissant, l’Etat, dont la présence au capital des entreprises était encore triviale au début de la décennie. Au Japon, ce sont environ 30% de toutes les sociétés japonaises appartenant aux trois principaux indices boursiers dans lesquelles la Banque Centrale du Japon figure parmi leurs dix actionnaires les plus importants. Même phénomène en Chine où deux des principaux bras armés financiers de l’Etat, Central Huijin Asset Management et China Securities Finance Corp n’ont cessé de se porter acquéreurs depuis 2015 d’actions chinoises pour soutenir le marché. Collectivement, et avec d’autres fonds d’investissement publics, ces deux institutions figuraient parmi les dix premiers actionnaires des 1154 sociétés chinoises cotées. Les motivations de ces participations ne sont pas prioritairement microéconomiques de contrôle des entreprises, mais plutôt macroéconomiques de soutien de l’économie dans le cycle, même si d’aucuns doutent des capacités de ces institutions financières publiques à contrôler le marché financier, et soulignant par ailleurs qu’elles provoquent des distorsions en termes de volatilité (à la baisse), de transactions (moindres) et de valorisations (plus élevées). De même, la plupart des décideurs sont aujourd’hui peu convaincus de l’utilité des participations de l’Etat français pour rendre plus efficace sa politique économique, au contraire. Et rien n’empêcherait l‘Etat de refaire dans le futur ce qu’il a fait avec Peugeot en 2012 pour sauver cette entreprise privée de la faillite comme l’avait fait en 2008-2009 Obama avec General Motors. Mais de fait la privatisation progressive du total des entreprises françaises du secteur concurrentiel telles que EDF, Orange, Renault, Peugeot, Safran, Aéroports de Paris, Thalès, Engie, Airbus, Eutelsat, Eiffage, Française des Jeux, etc. représenterait une manne de plus de 60 milliards d’euros qui seraient bien utiles, ne serait-ce que pour contrebalancer la hausse probable de la charge future de la dette, et même si ce mouvement va à contre-courant de certaines expériences étrangères contemporaines.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 16 décembre 2016