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Sep 8, 2017

La Chine fait son entrée au cœur du capitalisme financier mondial. Par Bertrand Jacquillat

A la fin du mois dernier, MSCI, l’un des principaux producteurs d’indices mondiaux, a pris la décision d’inclure dans ses indices globaux les actions de 222 sociétés chinoises, dont la cotation en yuan s’effectue sur les bourses de Shanghai et Shenzen, et notamment dans son indice Marchés Emergents, qui sert de référence aux 1600 Mds$ d’actifs en gestion passive dans le monde. Les investisseurs du monde entier ont salué cette décision par une hausse de 1.2% des indices chinois, au plus haut depuis décembre 2015. Cette décision intervient après le refus d’inclure des actions chinoises domestiques pendant trois années consécutives, mais elle ne fait qu’entrouvrir la porte du capitalisme financier mondial à la Chine puisque MSCI a réduit de moitié le nombre de sociétés chinoises admises à intégrer ses indices par rapport à ce qui était envisagé initialement. Selon MSCI, 17 Mds$ supplémentaires seulement afflueront sur les bourses du continent chinois du fait de cette mesure, ce qui ne représente qu’une toute petite fraction des 7500 Mds$ de leur capitalisation boursière. Mais ce n’est qu’un début qui réjouit déjà les investisseurs pour qui l’ouverture financière de la Chine et de ses bourses est un premier pas dans la bonne direction. Cela leur permet d’une part de leur donner accès à des sociétés prometteuses, et notamment dans le domaine de l’environnement dans lequel la Chine doit faire d’énormes investissements du fait de la forte dégradation de celui-ci, et d’autre part d’élargir les possibilités de diversification internationale, quand bien même plusieurs indices MSCI incluent déjà des sociétés chinoises mais qui sont cotées à Hong Kong ou New York. Celles-ci représentent 27% de l’indice MSCI Marchés Emergents, contre seulement 0.73% pour les 222 nouvelles sociétés chinoises. Certes, la Chine fait son entrée au cœur du capitalisme financier mondial mais il lui faudra du temps avant qu’elle n’y prenne une part significative, malgré le poids relatif important qu’elle représente dans l’économie mondiale. Parce que la Chine se trouve partagée entre différentes influences contradictoires. Effectivement celle d’améliorer le rythme de son intégration financière mondiale. Mais pour ce faire, elle doit libéraliser ses marchés de capitaux, ce qui lui pose deux problèmes. Avant la crise des changes de 1998 et les flux de capitaux des pays émergents d’Asie, Pekin considérait pouvoir arriver à la totale convertibilité de sa monnaie au tournant du dernier millénaire. Mais elle n’oublie pas que ce n’est qu’à cause des barrières qu’elle avait érigées pour s’en protéger qu’elle a pu surmonter de manière relativement aisée la crise de 2007-2008. Et puis la Chine souhaite ardemment s’intégrer au capitalisme mondial mais elle en dit plus qu’elle n’en fait en la matière car elle ne peut accepter ce mouvement que s’il s’effectue selon les règles autocratiques de contrôle du parti. Ces objectifs sont-ils compatibles?

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 8 septembre 2017