ARTICLES ET ANALYSES

Mar 2, 2018

La bourse ou la vie. Par Bertrand Jacquillat

Dans notre précédente chronique, nous soulignions que faisait toujours rage le débat entre les tenants de la finance rationnelle et ceux de la finance comportementale, alimenté notamment par le traitement des innombrables séries statistiques financières disponibles sur longue période. A cet égard, il convient de saluer la parution du Global Investment Returns Yearbook (GIRY) produit par trois universitaires de la London Business School pour le compte du Crédit Suisse, Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton. Dans cette édition 2018, ils présentent comme de coutume les performances des principaux marchés d’actions et d’obligations depuis 1900. Ce retour vers le passé permet d’encadrer les anticipations pour l’avenir. Ce n’est pas la première fois que les auteurs mettent en garde contre des attentes trop élevées sur les performances futures des principaux actifs financiers. Et ce ne sont pas les bonnes performances de l’année 2017 dues à la poursuite de la baisse des taux d’intérêt réels et nominaux qui ébranleront leurs convictions. Premier message de ces trois mousquetaires de l’histoire des marchés financiers, et même si le cycle haussier des actions entretenu par d’autres facteurs que le seul niveau des taux d’intérêt n’est pas terminé, les taux d’intérêt faibles ne peuvent conduire qu’à des rentabilités annuelles subséquentes modestes à la fois des actions et des obligations. Mais existe-t-il alors des alternatives de placement à ces deux classes d’actifs ? La bonne nouvelle est que le cru 2018 du GIRY ajoute d’autres actifs sur lesquels sont estimées des performances annuelles passées : l’immobilier et des actifs de collection tels que les grands vins, les violons signés Guarneri et Stradivarius, l’or, etc. La mauvaise nouvelle est qu’aucun de ces actifs n’a une performance annuelle de long terme arrivant à la cheville de celle des obligations, ni surtout de celle des actions. Pour ce qui est de l’immobilier, les auteurs ont rassemblé des statistiques de prix remontant à 1900 pour onze pays, et font état d’une performance réelle annuelle moyenne de 1.3%, en dessous de celle de la France (1.5%). La rentabilité la plus faible est aux Etats-Unis (0.3% l’an) et la plus élevée en Australie (2.2%), alors que dans le même temps la performance réelle annuelle moyenne des actions américaines fut de 6.5%. Aucun des autres actifs, souvent des objets de collection, pour lesquels des séries statistiques remontant aussi à 1900 ont été construites, n’ont délivré une pareille performance. Seuls les grands vins ont pu dégager un résultat tout à fait honorable de 3.7%. Certes l’or s’est montré un remarquable actif de couverture durant les périodes d’inflation ou de déflation extrêmes, mais sa performance réelle annuelle moyenne ne fut que de 0.3%. Par ailleurs, la plupart de ces actifs ont connu une variabilité de leurs taux de rentabilité, mesurée par leur écart-type, plus élevée que celles des actions. La morale de cette histoire est double. D’abord, dans le monde de faibles rendements qui est le nôtre aujourd’hui, il faudra faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et d’appétence pour le risque pour faire fructifier convenablement son patrimoine. Ensuite, la bourse vaut moins que la vie : il est naturel que des actifs aussi impersonnels que les actions et les obligations performent mieux que d’autres actifs qui procurent des satisfactions supplémentaires au-delà de leur seul rendement.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 2 mars 2018