ARTICLES ET ANALYSES

Nov 25, 2016

Il est plus facile de prévoir le passé que l’avenir !. Par Bertrand Jacquillat

Bien que surprenante, la victoire de Donald Trump n’a pas entraîné les conséquences auxquelles les observateurs s’attendaient (cf. notre chronique précédente), au contraire. Sur quelles hypothèses s’appuient donc les opérateurs boursiers pour que les cours des actions, et notamment des actions américaines, affichent une telle insolente et surprenante santé depuis la victoire du candidat républicain. Cette hausse a d’abord pour origine le marché lui-même. Devant sa résistance, et la baisse de la volatilité implicite, la probabilité de hausse prochaine de ses taux d’intervention voulue par la FED a eu pour conséquence la hausse des rendements obligataires et celle du dollar. Mais cette hausse des rendements obligataires coexiste avec la hausse des actions. Cela est d’autant plus paradoxal que les actions sont déjà chères selon toutes les métriques (sauf en comparaison avec les rendements obligataires). La surperformance des petites capitalisations américaines et des sociétés tournées vers le marché intérieur par rapport aux sociétés exportatrices traduit le pari de la part des investisseurs que sera mis en œuvre le programme protectionniste du candidat devenu président. Certes, la stagnation des bénéfices trimestre après trimestre semble toucher à sa fin, mais les guidance données par les sociétés ne laissent pas augurer d’une hausse future de leurs chiffres d’affaires. Par élimination des possibles facteurs explicatifs, il reste celui selon lequel le marché parie sur une remontée des bénéfices générés par les sociétés américaines au sein même des Etats Unis. Cela pourrait bien être le cas pour les pharmaceutiques et les entreprises de santé exposées aux programmes d’Hillary Clinton de contrôle des prix et pour les banques qui ont tout à gagner à une repentification de la courbe des taux. Aussi les intentions de Donald Trump en matière d’infrastructures pourraient jouer, mais les retombées de tels investissements sont passablement lointaines. Reste une dernière explication, la plus plausible, car la plus certaine dans ce spectre d’incohérence et d’opacité du programme économique de Donald Trump, la baisse drastique des taux d’imposition des sociétés américaines. Une baisse des taux d’IS de 27% à 20% ajouterait dès l’exercice 2017 10% aux bénéfices globaux des sociétés américaines. Sans compter les mesures fiscales qui seraient prises pour inciter les sociétés américaines à rapatrier les quelque 1000 milliards £ de trésorerie qu’elles détiennent à l’étranger. Sans même avoir d’effet sur la croissance économique, ces mannes se déverseraient sous forme de dividendes et rachats d’actions. Ces mesures fiscales sont incontestablement positives pour les actions américaines, et expliquent grandement leur comportement depuis le 9 novembre dernier. Il n’en demeure pas moins que la baisse de l’indice VIX de volatilité semble bien prématurée compte tenu par ailleurs des incertitudes et des risques qui demeurent.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 25 novembre 2016