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Avr 29, 2016

Hubris quand tu nous tiens : après le Japon, c’est au tour de la Chine. Par Bertrand Jacquillat

Le Four Seasons Hotel de Manhattan a une architecture très particulière qui le fait ressembler à une pyramide égyptienne. Mais il est aussi fameux pour avoir été le premier désastre de l’hubris  japonais, quand le pays s’est mis à investir massivement et indistinctement au début des années 1980 en dehors du Japon à des prix aussi déraisonnables qu’étaient ceux de l’époque des actions japonaises cotées.  L’investisseur du Four Seasons, EIE, fit faillite sous le poids d’une dette de 6 Mds$ entraînant dans sa chute Long Term Credit Bank, une des toutes premières institutions financières japonaises. L’hôtel est devenu la propriété d’un entrepreneur de Manhattan qui le reprit pour un prix dérisoire. Beaucoup d’autres investissements japonais de l’époque tournèrent au vinaigre, comme le Rockfeller Center à New York, ou l’hôtel Bel Air à Los Angeles, acheté sur la base d’un prix de la chambre de 2.3Mds de dollars 2016. On pourrait penser que les chinois auraient appris de ce désastre. Au vu de leur frénésie d’achats d’actifs étrangers, on peut en douter. L’exemple le plus emblématique est celui de la compagnie d’assurance Anbang, avec sa tentative de rachat du groupe hôtelier Starwood pour 14Mds$, après celui du Waldorf Astoria pour 2Mds$ et d’autres hôtels au fonds Blackstone pour près de 7Mds$. Cette compagnie d’assurance qui n’a que douze ans d’âge, a d’autres ambitions puisqu’elle a identifié des actifs de prestige dans plus de trente pays dans lesquels elle a l’intention d’investir. Cette frénésie d’achat représente le deuxième étage de la fusée, le premier ayant correspondu à l’achat par des sociétés nationales chinoises de sociétés minières et pétrolières étrangères dans lesquelles elles sont en train de perdre leur chemise. La motivation était celle d’un importateur de matières premières qui croyait procéder à une couverture contre la hausse ultérieure de leur prix mais s’engageait en fait dans une pure spéculation avec effet de levier. Elles faisaient en effet un pari sur l’avenir puisqu’elles achetaient des actifs à des prix très élevés qui ne faisaient que refléter la poursuite d’une croissance chinoise insoutenable. Le début de l’histoire est le même dans ces deux cas, un développement économique miraculeux qui rend les deux pays victimes de leur propre succès avec des finances devenues tellement abondantes qu’ils cherchent ailleurs des actifs dans lesquels investir, ainsi que des procédures de gouvernance trop laxistes. On estime que les japonais ont perdu globalement 400Mds$ à cette époque dans les seuls investissements immobiliers. La Chine subira-t-elle la même humiliation financière ? En tous les cas le sentiment d’hubris, amplifié aujourd’hui par des taux d’intérêt bas, conduit presque toujours au désastre, même si le Président d’Anbang prétend avoir pour modèle Warren Buffett et son style d’investissement  très prudent« Value ».