Perspectives économiques en Europe et dans le Monde

 

 

Table-ronde autour de Jean-Paul Betbèze, Chef Economiste du Crédit Agricole, Christian de Boissieu, Président Délégué du Conseil d’Analyse Economique, Olivier Pastré, Senior Advisor d’Associés en Finance et Bertrand Jacquillat, Président Directeur Général, Associés en Finance

 

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Jeudi 12 janvier 2012, Associés en Finance organisait une table ronde sur les perspectives économiques mondiales pour 2012 animée par Bertrand Jacquillat, Jean-Paul Betbèze, Christian de Boissieu et Olivier Pastré.

Bertrand Jacquillat entame les débats en affirmant qu’aujourd’hui le risque est plus élevé : la crise des dettes souveraines, la crise du monde arabe et la crainte d’une récession en double creux, ont fait de 2011 une année extrêmement chargée. Il invite les trois autres intervenants à exposer leur point de vue sur la situation économique en Europe et dans le monde.

Christian de Boissieu établit un scénario d’évolution de l’économie mondiale autour de quatre points :

- En matière de croissance, 2012 ne devrait pas donner lieu à une récession mondiale, contrairement à 2009. Il émet l’hypothèse d’une croissance de 3%, tirée par les pays émergents, même si celle-ci ralentit.

Aux Etats-Unis, les nouvelles sont meilleures que prévues, avec notamment un taux de chômage à 8.5% au lieu de 9%. Selon Christian de Boissieu, les Etats-Unis devraient éviter la récession. En Europe, la croissance devrait atteindre en moyenne 0.5% en 2012.

- Le risque premier en Europe est le risque social du chômage surtout auprès des jeunes et non l’inflation comme dans les pays émergents. En ce qui concerne les taux longs, même si prévoir s’avère difficile, Christian de Boissieu est convaincu de l’existence d’une bulle obligataire, amenée à exploser tôt ou tard.

- Pour l’Europe, la baisse de l’euro est une bonne nouvelle. Néanmoins, il est nécessaire de nuancer, la Fed étant beaucoup plus active que la BCE et les Etats-Unis maintenant une pression baissière sur le dollar. Cela devrait pousser l’Allemagne à céder sur différents points, comme le périmètre d’intervention de la BCE, un FESF sans limite et une mutualisation des dettes européennes. Cette guerre monétaire rend les prévisions de taux de change compliquées pour 2012/2013.

- Enfin, en matière d’allocation d’actifs, Christian de Boissieu reste prudent sur l’or et les obligations. Il est moins pessimiste sur les actions, et pense que certaines matières premières sont attractives. Enfin, en matière boursière, il faut aller chercher la croissance là où elle se trouve, c’est à dire dans les pays émergents, bien que moins liquides.

Jean-Paul Betbèze prolonge certaines idées émises par Christain de Boissieu.

- La croissance mondiale se poursuit, mais ralentit, et surtout, elle sera différenciée selon les zones géographiques. En 2012, les pays émergents connaîtront une croissance de 4%, les Etats-Unis de 2% et l’Europe de 0%. Le monde change ainsi de base : dans dix ans, plus de 50% de la richesse sera dans les pays émergents.

- Les Etats-Unis et l’Angleterre optent pour une politique monétaire hétérodoxe avec l’idée de maintenir un taux d’intérêt inférieur à l’inflation. Leur politique de change est clairement affichée notamment vis-à-vis de la Chine, mais sans grand résultat. La BCE, pour sa part, n’opte pas pour une politique de quantitative easing. En effet la zone euro est sous l’influence de l’Allemagne et a débuté une « diète conjointe », la BCE devant agir dans la limite de ses moyens et dans le respect des traités. En matière monétaire, Jean-Paul Betbèze estime que les politiques monétaires devront continuer à soutenir la baisse des taux d’intérêt et à envoyer des signaux positifs.

- La zone euro est dans une situation économique et politiquement précaire. Avec les phénomènes de retrait de dépôts en Grèce ou au Portugal, il est nécessaire de rétablir la confiance dans ces pays.

- En France, la phase d’assainissement des déficits sera longue. La France souffre notamment d’une compétitivité industrielle insuffisante, et son redressement passera par une phase de modération salariale.

Olivier Pastré conclut cette table ronde sur une note plus optimiste. Il souligne l’idée que nous sommes dans une phase de sur-pessimisme. En effet, il donne multiples raisons d’espérer :

- Il n’y pas de risque inflationniste ;

- Les comportements sont en train de changer : il y a un rejet des produits financiers complexes ;

- Les liquidités sont abondantes du fait des politiques monétaires suivies par les Banques Centrales ;

- Il n’y pas de credit crunch de la part des banques ;

- Les banques centrales ont une attitude non conventionnelle ;

- Le prix des matières premières ne flambent pas ;

- Les investissements en recherche et développement continuent ;

- Les résultats des grandes entreprises ne sont pas mauvais ;

- Les émergents continuent d’émerger ;

- Tout sera fait pour que la Grèce soit sauvée ;

- Angela Merkel a une politique forte ;

- Le printemps arabe est une bonne nouvelle pour l’avenir ;

Olivier Pastré affirme que les risques actuels ne justifient pas le niveau de pessimisme actuel. En définitive, ce ne sont pas les fondamentaux qui sont mauvais, c’est la perception de ces derniers qui l’est.

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