Assurance et crise financière

 

 

 Par Henri de Castries, Président Directeur Général d’AXA

 

Tous les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème d’investissement. Jeudi 13 octobre 2011, Associés en Finance recevait Henri de Castries, Président Directeur Général d’AXA.

 

L’indice boursier du secteur de l’assurance a dévissé de 60% depuis 2000. Alors que les assurances étaient valorisées à l’époque 25 fois leur résultat net, leurs cours s’établissent désormais à 4 à 6 fois leur bénéfice. La crise traversée par les assurances n’est pas qu’un épiphénomène, elle marque la fin de l’équilibre du monde qui prévalait après la seconde Guerre Mondiale. Jusqu’aux années 80, la hausse du pouvoir d’achat et la protection sociale ont été financées par l’accroissement de la productivité. Depuis, l’endettement a pris le relais : le bien-être social a été acheté à crédit. Les points morts sont aujourd’hui trop élevés et nous sommes incapables de mener des réformes structurelles.

 

L’ampleur de la crise résulte de plusieurs erreurs commises dans le processus de construction européenne. D’une part, le Traité de Nice prévoyait un élargissement mou sans mise en place d’une gouvernance adéquate (cf. la règle d’unanimité). D’autre part, la construction de la monnaie unique est restée inachevée. Il y a dix ans, la politique monétaire ne disposait pas de mécanismes lui permettant de faire face à une situation de crise. Par ailleurs, le problème de la gouvernance devra être résolu, éventuellement par l’adoption de mécanismes de coopération renforcée. L’Union Européenne devra mettre en place une politique macroéconomique cohérente. Néanmoins, il faut garder espoir car l’Europe a toujours trouvé des solutions quand la situation l’exigeait.

 

Pour autant, la faible performance boursière ne reflète pas la solidité des bilans des assurances qui ont bien résisté à la crise. Toutefois, le caractère procyclique de la régulation a empêché les assurances de jouer pleinement leur rôle de stabilisateur économique. Le modèle des assurances diffère de celui des banques par le fait qu’elles ne sont pas exposées au risque de liquidité. Les ressources collectées par les assurances sont stables, régulières et rarement exigibles à court terme. Par conséquent, les passifs des assurances ont des durations longues, de 5 à 8 ans selon leurs activités. La logique conduirait à investir dans des actifs de long terme. Mais, la régulation va à contre-sens de cette logique. Avec l’instauration de Solvency II et le calcul d’une VaR à 1 an, les assureurs européens ont été contraints de vendre 400 milliards d’euros d’actions, ce qui a accentué la baisse des marchés. Il aurait été préférable de leur laisser la possibilité d’investir en actions, ce qui aurait bénéficié à tout le monde. Cette situation émane de l’illusion de la possibilité de générer de la croissance avec un risque zéro. Or depuis 2000, on observe strictement l’inverse. La croissance est au plus bas et les volatilités flambent. Il faudra tirer les conséquences de la crise et réfléchir à un modèle de coexistence entre les règles de solvabilité et les valorisations mark-to-market. Solvency II conduit à une allocation sous-optimale de l’épargne européenne. Ainsi, l’Europe a un taux d’épargne élevé, mais cet avantage compétitif est gâché par des règles de solvabilité rigides et un code fiscal lourd et non adapté. L’épargne est dirigée vers la dette publique et l’immobilier. Il faut repenser le système dans son ensemble.

 

Actuellement, les assureurs souffrent de la volatilité des marchés. Les taux d’intérêts très bas pénalisent leurs divisions Epargne et Gestion d’actifs. Si la situation devait durer, nous tomberions dans une situation similaire à celle du Japon. Heureusement, les assurances gèrent habilement leur ALM ce qui leur permet de croître et de maintenir leur marge. Les assurances devront néanmoins revoir leurs priorités c’est-à-dire ne pas forcément développer ce type d’activité (gestion d’actifs) et davantage se diversifier géographiquement. AXA s’est fortement implanté dans les BRIC notamment en Asie. Enfin, selon Henri de Castries, les banques ne constituent pas réellement une menace quant à l’assurance vie : les contraintes de capital qui pèsent sur les banques les forceront à se recentrer sur leur cœur de métier. Il s’attend à une concentration du secteur de l’assurance. Le secteur semble bien armé pour faire face à des défis mais il aura besoin d’une Europe de la croissance.

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