ARTICLES ET ANALYSES

Juin 24, 2016

Et plus dure sera la chute !. Par Bertrand Jacquillat

La bourse de New York est proche de son plus haut historique, ce qui n’est pas le cas des bourses d’Europe et d’Asie. Il n’en demeure pas moins un sentiment d’inquiétude sur les marchés qui ont du mal à trouver dans quelle direction aller. Si on analyse la situation sereinement selon l’un des canons fondamentaux de l’analyse des marchés, les inquiétudes n’ont pas lieu d’être ; il s’agit du spread de taux entre les actions et les obligations, autrement dit la prime de risque de marché, qui oscille autour de sa moyenne historique, mais dans un contexte de taux anormalement bas. Selon Associés en Finance, la rentabilité attendue des actions de la zone euro, selon les hypothèses plus que raisonnables sur les flux futurs des sociétés, s’établit à 7.50%. Autrement dit, c’est ce que rapporterait aujourd’hui  bon an mal an, dividendes compris, et à long terme, l’achat d’actions de la zone euro. C’est incontestablement bien intéressant par rapport aux solutions alternatives du marché, c’est-à-dire des obligations dont le rendement est proche de zéro, ce qui fait ressortir une prime de risque de marché de 7.35%.  Pour que le placement en actions devienne moins intéressant, il faut que la prime de risque se réduise. Pour se faire, il n’y a que deux solutions, que les taux obligataires augmentent (ce qui n’est pas vraiment à l’ordre du jour) ou que les prix des actions montent. Et c’est là où le bât blesse, car les prix des actions sont à un niveau déjà élevé, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Dans les deux cas, les PER des actions sont significativement au-dessus de leur moyenne historique. Rien d’alarmant sauf que les perspectives bénéficiaires, qui seules pourraient justifier de tels PER, n’ont rien d’extraordinaire, au contraire. Et partout surgissent des signaux d’alarme quant au niveau de valorisation des actions. C’est le cas des licornes de la Silicon Valley,  ces jeunes sociétés non cotées valorisées plus d’un milliard de dollars. Leurs niveaux de valorisation rappellent ceux qui ont précédé la bulle internet des années 2000, comme le souligne une étude récente de Camille Chevalier rapportée par l’Opinion du 11 juin. L’explosion de ce qu’il considère comme une bulle pourrait entraîner la disparition de plus de 400 milliards de dollars. Ce qui heureusement n’aurait pas le même effet systémique sur le reste de l’économie que la crise des subprimes, mais qui serait le signal d’une survalorisation de l’ensemble des actions. D’autant qu’au niveau macroéconomique et géopolitique les informations ne cessent pas d’inquiéter : la situation de l’économie chinoise n’est pas stabilisée, et son économie politique sent le soufre, les élections à venir dans différents pays risquent d’aboutir en Europe à un processus de désintégration et partout dans le monde au renforcement des populismes. Le monde est dans un état de disruption, et d’incertitude permanentes. Plus cette situation d’attente perdure, et plus dure sera la chute.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 17 juin 2016