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Mai 4, 2018

En défense de l’épargnant : la gestion passive. Par Bertrand Jacquillat

La logique et le bon sens indiquent que dans un marché de plus en plus dominé par un grand nombre d’investisseurs institutionnels très bien informés, il est particulièrement difficile de découvrir des martingales inédites permettant de battre systématiquement les marchés. D’où le succès grandissant de la gestion passive, mise en place pour la première fois il y a plus de quarante ans au sein du département de gestion d’actifs de la Wells Fargo, cette banque californienne qui fut la première à reconnaître l’efficience des marchés financiers et à mettre au point de nouveaux produits financiers adaptés à cette situation. Aujourd’hui, plus du tiers des portefeuilles institutionnels sont gérés de manière passive par des mastodontes de la gestion institutionnelle des portefeuilles tels que Blackrock, Vanguard ou State Street aux Etats-Unis et Amundi en Europe. Ce mode de gestion est extraordinairement bénéfique à l’épargnant. Celui-ci encourait autrefois des frais de gestion (frais de transactions, de rémunération des gérants, frais de recherche) qui bon an mal an étaient de l’ordre de 2% à 3% de son épargne investie en actions, alors que la gestion passive a réduit ceux-ci de plus de 80%. Cela n’a l’air de rien mais sur une vie d’épargne, cela représente une bonne partie du patrimoine épargné. Merci donc encore une fois à la concurrence qui dans le domaine financier a abouti à rendre les marchés efficients, favorisant un terreau propre au développement de la gestion passive et des ETF, à la baisse des coûts de gestion et de transaction pour l’épargnant, et donc à l’enrichissement de ce dernier. Faut-il s’inquiéter d’une telle situation qui sonnerait le glas du capitalisme, du fait que la gestion passive a pour corollaire l’absence de monitoring et de contrôle des sociétés dans lesquelles sont investis les ETF ? L’observation des pratiques récentes des entreprises américaines dissipe en partie ces craintes. Une plus grande participation des fonds passifs au capital des entreprises s’accompagne d’une représentation plus importante des administrateurs indépendants à leur conseil, et d’une panoplie plus légère des mécanismes de défense anti OPA. Par ailleurs, plus la part de ces investisseurs au capital est importante et plus grandes sont les chances que ceux-ci votent contre les résolutions proposées par les dirigeants en assemblée générale. De fait, la gestion de capitaux conséquents oblige les investisseurs institutionnels à prendre position sur un grand nombre de dossiers simultanément. Aussi la taille et la diversité croissante de leurs portefeuilles ont fait apparaître un besoin de conseil. C’est ainsi que se sont développées les agences en conseil de vote, ou proxy advisors, dont le rôle est de fournir aux investisseurs institutionnels des recommandations de vote sur tous les sujets et les résolutions soumises en assemblée générale ayant trait à la gouvernance des entreprises : fusions-acquisitions, nominations d’administrateurs, dilution de capital, rémunération des dirigeants, etc. En fait les gérants institutionnels passifs, davantage que d’être des propriétaires d’actions, représentent un élément de l’infrastructure des marchés financiers. Mais merveille du capitalisme, celui-ci a su s’adapter pour enrichir les épargnants par la gestion passive sans que n’en pâtissent les performances des entreprises pour lesquelles sont apparus de nouveaux modes de contrôle.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 4 mai 2018