ARTICLES ET ANALYSES

Juil 15, 2016

Dans un monde de turbulences, qu’attend-on d’un pays ?. Par Bertrand Jacquillat

Tel était le thème des Rencontres Economiques d’Aix en Provence qui se sont déroulées le week-end dernier. J’y ai coordonné un débat avec Carlos Ghosn et Patrick Pouyanné, modéré par Ruth Elkrief, intitulé « Une entreprise peut-elle être emblématique d’un pays ? ». La réponse est clairement oui, lorsque l’on considère les caractéristiques du pays tant du point de vue de son histoire, de ses pratiques sociales, de sa culture ou de la psychologie de son peuple. Globalement on pourrait construire un « mapping », même très réducteur, des caractéristiques d’un pays et des entreprises où il excelle. Aux Etats-Unis, les entreprises frontières au sens de Phillippe Aghion et disruptives du point de vue technologique qui correspondent bien au caractère entrepreneurial et à l’appétence pour le risque du peuple américain et de ses élites. A l’Allemagne, les entreprises manufacturières lourdes de l’industrie, comme l’automobile et la machine outil ; A l’Italie, les entreprises du luxe vestimentaire et de la gastronomie ; A la Chine, les entreprises manufacturières low cost (pour l’instant) ; A la Suisse, les entreprises de précision telles que l’horlogerie et les entreprises bancaires ; A l’Inde, les entreprises informatiques et aux Philippines les entreprises de centres d’appels, etc. Et La France ? La France a une histoire coloniale avec Total créé en 1924 à la suite des accords Sykes Pirot et qui constitue l’un des bras armés de la politique étrangère de la France. La France a une histoire industrielle qui remonte loin, d’où l’importance de son industrie automobile. Il y a par ailleurs pléthore d’entreprises françaises de rang mondial qui sont le reflet de la culture française, dans le domaine du luxe, avec LVMH, Dior ou Hermès, dans le domaine du « bon vivre » avec les maisons de Champagne, Pernod Ricard, et les acteurs de niches français dans les domaines culinaire et gastronomique, dans celui de la beauté, avec l’Oréal notamment. Il ressort de ces débats que les entreprises françaises sont le fleuron d’un pays moins compétitif qu’elles ne le sont. C’est ce qui ressort d’une étude de l’Observatoire sur l’Etat de la France dont Eight Advisory vient de publier la 2ème édition, et qui se pose la question de savoir si la France sort renforcée après cinq années de crise sur la base des classements internationaux concernant les différents facteurs d’attractivité d’un pays. Sauf pour ce qui concerne les classements des écoles de commerce, des universités, des entreprises innovantes et de la liberté de la presse, la France a régressé depuis cinq ans dans les classements, économie, liberté d’entreprendre, compétitivité, corruption. Ce hiatus entre micro et macroéconomie ne peut perdurer trop longtemps car leur divergence durable est simplement impossible. Et le pays perdrait un peu de son âme si les entreprises devaient abandonner leur nationalité

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 8 juillet 2016