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Avr 13, 2018

Chine-Etats-Unis, le choc des cultures pour la suprématie économique. Par Bertrand Jacquillat

Les Chinois consomment dix-sept fois plus aujourd’hui qu’en 1987, et pendant cette période aussi courte de trente ans, la Chine s’est hissée parmi les toutes premières économies du monde et ce à la suite des transferts massifs de population qui ont provoqué d’énormes gains de productivité. En 30 ans, la Chine a procédé au déplacement de 600 millions de Chinois, doit près de la moitié de sa population, ce qui a détruit les structures sociales et territoriales, à l’inverse du développement en son temps du Japon. Si les tendances actuelles perdurent, la taille de l’économie chinoise aura dépassé celle de l’économie américaine. Il n’en demeure pas moins que la Chine se trouve aujourd’hui confrontée au « Middle Income Trap », cette malédiction qui veut que les pays ont du mal à dépasser, une fois atteints, les 10000/15000 $ de revenu par habitant. Il a fallu 1500 ans à la Chine jusqu’au 9e siècle de notre ère pour qu’elle ait les frontières naturelles que nous lui connaissons, l’Himalaya, le désert et les océans, de telle sorte que la Chine n’a pas un tempérament naturellement expansionniste sur le plan territorial. Mais après les 100 ans d’humiliation qu’elle a subis de l’Occident, de la guerre de l’opium en 1848 à la révolution chinoise de 1949, la Chine a décidé, comme la Russie en son temps, de défier les Etats-Unis et devenir la première puissance économique mondiale. Comment le pourrait-elle avec le carcan que représente l’emprise du parti communiste chinois ? Un tel carcan est a priori peu favorable à l’épanouissement des intelligences autonomes et des innovations mais, comme une colle forte, il maintient l’unité d’un immense pays par ailleurs extraordinairement divers, comme le firent auparavant les empereurs chinois avec plus ou moins de succès pendant 3000 ans. Et les Chinois sont persuadés qu’il leur est nécessaire d’avoir une main ferme à la tête du pays, empereur jadis et aujourd’hui parti communiste, pour ne pas retourner au chaos ou à l’humiliation. Sur le plan économique ils ont assuré leur redressement en considérant leur base industrielle comme un bien public, de la même façon que les occidentaux avec leurs infrastructures, et en le subventionnant massivement. De ce point de vue la comparaison avec les Etats-Unis est frappante. La rentabilité des fonds propres est d’autant plus importante en Chine que l’intensité du capital de ses entreprises est élevée, ce qui est strictement la relation l’inverse de celle qui prévaut dans l’économie américaine. Ensuite en décidant, après une première période de rattrapage, de mettre l’accent sur les nouvelles technologies, ce qui fut réitéré par Xi Jin Ping au dernier congrès du parti communiste chinois, et notamment les industries numériques, les automobiles électriques, les robots, l’intelligence artificielle, la santé…. Aujourd’hui la Chine représente plus de 25% des exportations mondiales des nouvelles technologies contre moins de 10% pour les Etats-Unis et forment plus de quatre fois plus de bachelors en technologie et deux fois plus de PhD ingénieurs que les Etats-Unis. Alors qui gagnera la bataille des innovations et de la suprématie économique de demain ? Les Etats-Unis et leur démocratie encore à l’occidentale avec la reconnaissance des droits individuels et de la liberté, et le paiement de l’impôt contre certaines obligations de l’Etat, ou la Chine sous la férule d’un parti communiste éclairé par ses élites méritocratiques très compétentes guidant un peuple soumis et consentant ? Parions sur la liberté, sinon ce serait le glas de la démocratie dans le monde.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 13 avril 2018