ARTICLES ET ANALYSES

Oct 14, 2016

Cash is king… mais pour combien de temps encore ?. Par Bertrand Jacquillat

L’économie de monnaie fiduciaire a prouvé son efficacité au cours des siècles récents. Mais, avec les avancées technologiques en matière de paiement (chèques, cartes de crédit et de débit, smartphones…), la monnaie fiduciaire ne cesse de perdre du terrain. Elle présente par ailleurs un certain nombre d’inconvénients. Ainsi elle alimente le crime, la corruption, le terrorisme, l’évasion fiscale, la drogue et les trafics en tout genre. Car elle n’a pas d’équivalent aussi commode pour préserver l’anonymat complet, la liquidité, le transfert de valeur et qu’elle bénéficie, lorsqu’il s’agit d’une monnaie aussi solide que le dollar ou l’euro, d’une reconnaissance et acceptation universelles. C’est pour pallier ces inconvénients que la Banque Centrale Européenne a récemment pris la décision de supprimer les coupures de 500€, tandis que des voix éclairées américaines prônent la suppression des coupures de 100$ dans un premier temps, puis de 50$ et 20$ dans un second. L’une des raisons invoquées pour supprimer les grosses coupures est de rendre plus difficile et moins commode d’utilisation les transactions illicites. Car un grand sac contenant 1 million d’euros en billets de 100$ pèserait déjà 12 kilos…. Avec des coupures de 10$, le sac pèserait 120 kilos…  L’objection fondamentale faite à cette idée de suppression quasi-totale de la monnaie fiduciaire (les coupures de 10€ seraient conservées car les nombreux petits achats sont faits avec de tels billets) est qu’il empiète sur la liberté, et la sphère privée de pouvoir effectuer des transactions de manière anonyme. Certes mais volens nolens c’est la même objection qui peut être faite aux contrôles de sécurité dans les aéroports. Ils constituent une atteinte à la liberté car ils allongent significativement la durée des voyages aériens, mais c’est la seule solution pour préserver les vies humaines à commencer par celle du voyageur qui peste contre les contrôles. En fait, le sujet de la limitation, voire de la suppression, de la monnaie fiduciaire est en train de prendre de l’ampleur pour d’autres raisons que celles de la morale ou la sécurité publiques, au premier rang desquelles figure l’incapacité croissante des Banques Centrales à maîtriser la crise financière et économique et à éviter la récession. Avec des taux d’intérêt ramenés à zéro, les options dont disposent les Banques Centrales deviennent limitées, sauf à ce qu’elles puissent entrer dans le territoire, par ailleurs dangereux, des taux d’intérêt négatifs. En principe, les taux d’intérêt négatifs devraient stimuler la consommation et l’investissement. Sauf si les épargnants retirent leur épargne des banques, ce qui mettrait celles-ci et l’économie en danger en asséchant le crédit, allant ainsi à l’encontre de l’objectif poursuivi. Mais, avec la suppression de l’essentiel de la monnaie fiduciaire, les Banques Centrales pourraient abaisser tant qu’elles le voudraient les taux d’intérêt en territoire négatif. Ce qui ne manquerait pas de présenter d’autres inconvénients, dont le moindre ne serait pas d’enfoncer un coin supplémentaire dans la panoplie des libertés individuelles.

Par Bertrand Jacquillat, « Nouvel Economiste » du 14 octobre 2016