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Philippe
CHALMIN
Professeur à Paris Dauphine, Président de
CYCLOPE
Jeudi
18 février 2010
"BOOM OR BUST ON WORLD COMMODITIES MARKETS"
Tous
les mois dans le cadre de son Club de Gestion Financière, Associés en
Finance organise à l’attention de ses clients investisseurs, émetteurs et
évaluateurs, un petit déjeuner au cours duquel est abordé un thème
d’investissement. Jeudi 18 février, Associés en Finance recevait le
Professeur Philippe Chalmin, Président de Cyclope, sur le thème des
marchés mondiaux des commodités.
Les
matières premières agricoles ont, dans leur ensemble, vu leur prix
augmenter en 2009. Ainsi, le sucre s’échange à des niveaux quasi-records.
Il est vrai que la canne à sucre non seulement produit du sucre mais peut
également être à la base de production d’énergie. De même le jus
d’orange, le café, le cacao ou encore le beurre affichent aujourd’hui des
prix très élevés. La production de thé a également été perturbée par le
phénomène climatique El Niño. Il
a provoqué une sécheresse au Kenya entrainant une hausse de 80% du prix
du thé. En revanche, les
conditions climatiques ont été propices à la production de grains. Ces
marchés sont restés calmes.
Sur
le marché du pétrole, 2009
a été entre autres marquée par le phénomène du contango. Il favorise le
financement des stocks, ce qui combiné avec une relative discipline des
pays producteurs de l’OPEP, a amené le cours du pétrole à un niveau
consensuel autour de 75$ le baril. La production de gaz naturel a été
impactée par l’exploitation de nouveaux champs gazifières au Texas, les shale gas. Les USA semblent désormais
auto-suffisants en gaz, ce qui a perturbé le marché. Ainsi, en l’absence
de guerre du gaz entre la
Russie et l’Ukraine, le cours du GNL a chuté. Il
s’échange à 40$ le baril équivalent pétrole, c’est toutefois un marché à
surveiller.
Sur
le marché des métaux, le rebond a été considérable. Les secteurs
immobiliers et automobiles chinois en plein essor en sont responsables.
Seul l’acier n’a pas vu son prix décoller. Avec un prix d’environ 500$ la
tonne, les taux d’utilisation de capacités des sidérurgistes sont
toujours faibles.
Le
marché du fret maritime, ou fret sec, a subi la chute la plus importante
parmi les commodités. Le prix du fret a été divisé par 20 sur le deuxième
semestre 2008, mais est reparti sur une tendance haussière en 2009. L’arrivée
de nouveaux bateaux poussera le cours du fret à la baisse en 2010.
En
2009, les matières premières sont devenues une classe d’actifs à part
entière. Les fondamentaux ont été marqués par les coupures de production
chez les pétroliers ou les sidérurgistes, par des phénomènes climatiques
qui ont influencé les productions agricoles. La Chine, qui importe et
consomme toujours plus de matières premières, a joué un rôle
prépondérant, d’autant plus que la croissance de sa production
industrielle est revenue à un rythme de croisière autour de 15%. Le
dollar a, selon P. Chalmin, perdu son rôle d’étalon au profit des
matières premières, dont les cours n’ont cessé d’augmenter à mesure que
le dollar s’affaiblissait. La spéculation a joué un rôle non négligeable
sur les cours des matières premières en 2009. Avec l’arrivée de nouveaux
produits dérivés (OTC, trackers)
sont apparus de nouveaux investisseurs, qui ont injecté près de 250
milliards de dollars sur les marchés des commodités, plutôt que
d’investir en obligations ou en actions. Cette spéculation a sans doute
provoqué quelques dysfonctionnements quant à la fixation des prix, mais
ils se sont manifestés principalement par une volatilité importante car
« à la fin du jour, le physique a toujours raison ».
Dès
lors, en 2010, les cours des matières premières vont-ils continuer à
croître ou commencer à retomber ?
La Chine va jouer un rôle important sur leur évolution. La Chine a réalisé des
stocks stratégiques lorsque les cours étaient au plus bas, ce qui s’est
traduit paradoxalement par une augmentation simultanée des stocks et des
prix. Les stocks devraient en outre permettre aux Chinois de s’affranchir
du dollar. De plus, Pékin avait accueilli en 2008 les Jeux Olympiques, et
en prévision de cet événement, les importations chinoises avaient été
très importantes jusqu’en août 2008, où elles s’étaient arrêtées
brusquement. En mai 2010, c’est Shanghai qui accueille l’Exposition
Universelle. Il y a des risques que le même scénario se reproduise.
Quoiqu’il en soit, il faudra digérer les stocks importants ainsi que les
surcapacités actuelles.
En
ce qui concerne l’offre et la demande, la croissance mondiale devrait
atteindre 3.5/4%, et culminer à 10% en Chine. La demande en matières
premières sera ainsi principalement tirée par la demande chinoise. L’offre
dépendra quant à elle de plusieurs facteurs, météorologiques (comme El Niño), géopolitiques (en Iran,
au Venezuela, au Nigéria ou en Russie, etc.), ou technologiques
(développement des shale gas et
des OGM). De plus, les investissements se réalisent sur des temps longs,
et les sous-investissements passés et les récents reports de chantiers
provoqueront à moyen terme des retards d’exploitation.
L’évolution
du dollar est aussi une inconnue importante. Va-t-il se renforcer, ou
bien s’affaiblir ? Face à l’euro, ou bien au yuan ?
La
spéculation continuera en 2010 avec l’injection de 60 milliards de
dollars supplémentaires sur les marchés des commodités, sans compter l’impact
du plan Volcker sur la régulation des produits dérivés.
Pour
P. Chalmin, les marchés sont probablement à la fin de leur rallye haussier,
et les prix devraient baisser. Ils dépendront des événements climatiques
et politiques et de l’évolution de l’économie chinoise. En moyenne sur 2010,
le prix du pétrole devrait se situer à 75$ le baril, celui du cuivre à 6 000$
la tonne et celui du blé à 5.50$ le boisseau.
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