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Oct 31, 2016

40 ans : bon anniversaire à la gestion indicielle. Par Bertrand Jacquillat

Il y a exactement 40 ans naissaient en même temps le Nouvel Economiste et la gestion passive indicielle, cette dernière sous l’impulsion de Myron Scholes auprès de Wells Fargo et de Paul Samuelson auprès de Vanguard. Cette innovation dans la gestion était née de la conviction qu’il était impossible de battre les marchés, en d’autres termes que les gestions actives de portefeuille ressortent sur la durée avec des performances inférieures à un indice, représentatif d’une gestion passive. Ce faisant les deux futurs Prix Nobel étaient convaincus de l’efficience des marchés financiers, comme le soulignait dans les années 1970 Paul Samuelson : « L’impossibilité de prévoir les prix futurs à partir des prix présents et passés est le signe non pas de l’échec des lois économiques, mais de leur triomphe après que la concurrence a fait sa besogne ». 40 ans presque jour pour jour après l’apparition des premiers fonds indiciels, le Wall Street Journal du 18 octobre 2016 titre : « The dying business of actively picking stocks ». Cette mort annoncée du stock picking, la sélection de titres, souligne ainsi la défaite définitive de la gestion active, avec les transformations que cela implique pour Wall Street et l’industrie financière en général. Et l’hémorragie ne fait que s’amplifier depuis le début des années 2010, tant il semble difficile d’endiguer le flot d’épargne qui quitte la gestion active pour rejoindre la gestion passive. Sur les trois ans se terminant en septembre 2016, les investisseurs ont apporté 1300 Mds$ à la gestion passive américaine et ont retiré 250 millions$ de la gestion active. Le fonds indiciel le plus important de Vanguard gère près de 500 Mds$, autant que les quatre plus gros fonds américains de gestion active. Les gérants actifs ressemblent de plus en plus à des dinosaures d’un autre âge. On connaît les raisons de cette désaffection pour ce type de gestion. Quelle que soit la période considérée, entre 80% et 90% des fonds gérés de manière active font moins bien que leur indice de référence… Ce qui n’était qu’une conviction il y a 40 ans est devenu une réalité. Et l’une des raisons de cette sous performance tient aux frais de gestion facturés aux clients, près de 1% par an pour la gestion active contre 0.10%, près de dix fois moins, pour la gestion passive. Cette évolution est en voie de devenir une disruption, qui mènerait à une immense implosion de l’industrie de la gestion, accentuée par l’émergence de la robogestion, avec des dizaines, voire des centaines, de milliers d’emplois à risque dans le monde. Cette évolution ne va pas sans poser des problèmes de nature quasi ontologique sur le plan économique.  Si tous les investisseurs passifs comptent sur les gérants actifs pour faire émerger des prix boursiers correspondant aux valeurs fondamentales, la disparition de la gestion active risque de rendre invraisemblables les prix boursiers et donc inopérante leur fonction de signal pour l’allocation du capital dans l’économie.